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Ce que peut nous apporter la télé psychiatrie ? Voici une brève introduction de la façon dont nous utilisons la télé psychiatrie. Nous l'utilisons pour faire des psychothérapies. Je fais des psychothérapies en commun avec quelques infirmiers, nous les faisons séparément ou ensemble. Je suis relié de mon bureau au CMP de BAGNERES, c'est à dire à environ 30 Kms du CHS, à environ 35 minutes en voiture Les infirmiers qui font les psychothérapies avec moi, soit se déplacent au C.M.P. de BAGNERES pour rencontrer le patient et entrent en contact alors avec moi via la vidéo, soit entrent en vidéo relation avec le patient en même temps que moi, en m'accompagnant dans mon bureau au CHS de Lannemezan. Ces patients sont suivis par les infirmiers toutes les semaines ou deux fois par semaine sur place. Et ces patients me consultent tous les mois pour faire le point sur leur avancée en psychothérapie. On pourrait d'ailleurs imaginer qu'à l'avenir les infirmiers ne se déplacent plus et qu'on place la vidéo en dehors de mon bureau. J'ai une dizaine de patients que je suis au CMP de BAGNERES en psychothérapie, je ne peux pas forcément les regrouper sur une même demi-journée et je n'ai pas forcément la disponibilité pour me rendre sur place . Il est peut-être un peu excessif de les faire venir dix fois en taxi. Donc, ils peuvent prendre rendez-vous avec moi, un peu n'importe quand dans la semaine, et au fond ça ne me dérange pas d'interrompre mon travail hospitalier pour ouvrir la télé et discuter avec eux. J'ai d'autres relations psychothérapiques avec plusieurs patients dans des C.M.P. différents en dehors de ce CMP de BAGNERES, il serait bien sûr souhaitable que les autres C.M.P. Soient équipés aussi de télé psychiatrie pour que je puisse m'y prendre de la même façon. Comment se passe la télé psychiatrie en France Quand on lit les textes qui existent sur la télé-psychiatrie en France, on trouve qu'effectivement cette pratique met un certain temps à s'installer. La France a une psychiatrie assez conventionnelle due sans doute à son histoire importante en psychiatrie. Car la France a une longue tradition psychiatrique, il existe en quelque sorte beaucoup de personnages monumentaux psychiatriques en France et d'ailleurs aussi en Allemagne. Puis il a existé des personnages monumentaux psychanalytiques ; aussi, malgré la pénurie des psychiatres ou peut-être même à cause de la pénurie des psychiatres, beaucoup de psychiatres et psychologues tiennent à garder présent cette tradition. Il est clair qu'il y a une pénurie psychiatrique mais cela ne change rien à l'utilisation de la télé-psychiatrie, au contraire, car les psychiatres se méfient des administrations et craignent qu'elles ne suppléent à leurs carences en mettant en place, de façon un peu cynique, ce montage technique.

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On sait cependant que beaucoup de praticiens utilisent quand même la télé-psychiatrie en prison, car en plus du transport, il y a dans la prison énormément de temps qui est perdu pour passer les différentes détecteurs, il faut enlever les objets métalliques, enlever ses chaussures, présenter sa pièce d'identité, passer toutes les portes.... Et comme souvent un détenu ne choisit pas le moment où il va mal, l'utilisation de la télé-psychiatrie paraît assez pratique. Mais en dehors de la prison, l'utilisation de la télé psychiatrie est beaucoup plus rare.

Alors quand on envisage quand même d'utiliser la télé-psychiatrie, beaucoup de praticiens s'insurgent et disent : « Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? N'est-ce pas un gadget style américain ? » Le but de cette intervention d'aujourd'hui est justement de ne pas répéter en boucle que la télé-psychiatrie est mieux ou moins bien qu'un entretien en face à face....Mais plutôt d'approfondir cette comparaison et d'essayer de saisir ce qui peut vraiment se passer de plus ou de moins quand on n'a pas un contact direct physique et qu'on médiatise ce contact par la télévision. Quel genre de contact est donné par la télévision ? Je vais essayer d'aborder la question suivante : en quoi la télé-psychiatrie peut elle changer ma pratique de psychothérapeute ? Comme je l'ai dit beaucoup de praticiens sont quasiment choqués par la télé-psychiatrie en disant que tout de même çà ne peut pas remplacer un contact face à face et qu'il faut tout faire pour garder ce contact face à face. Ils répètent ça comme une mise en garde contre une dénaturation du contact psychiatrique ou psychologique, mais sans expliquer exactement ce qui serait dénaturé. Je vais essayer d'expliquer qu'il n'est pas forcément mauvais ou décadent qu'un contact se fasse par l'intermédiaire de la télé-psychiatrie. Le contact avec les patients par l'intermédiaire de la télé-psychiatrie est en général paisible, il est apparemment plus paisible que le contact en face à face dans un même bureau. Car il y a pour reprendre des concepts psychanalytiques plusieurs systèmes de pare excitation. Commençons par la question du son : je ne sais pas si on peut comparer le son et l'image mais il est sur que le son est meilleur que l'image. Le son est toujours un peu retardé, non pas excessivement mais toujours un peu, donc c'est un paramètre rythmique qui va ralentir et calmer la discussion et qui va donc nous empêcher de répondre trop impulsivement aux propos de l'autre. Plus exactement quand je parle au patient, j'attends plus longtemps sa réponse que s'il était juste en face, du coup cela me donne plus le temps de réfléchir à ce que je lui ai dit exactement. L'image n'est pas forcément très bonne, de même que les mouvements sont un peu ralentis. Pour l'image c'est aussi beaucoup un problème d'éclairages. Il faut impérativement qu'on essaye de faire la meilleure image possible, car quand on a une bonne image, on arrive à oublier la distance et on peut se concentrer sur l'argument du rendez-vous, c'est-à-dire en fait le contenu du discours ; car notre rencontre n'est pas une rencontre sensorielle ou sensuelle mais une rencontre très professionnelle finalement assez aseptisée.

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Donc, il existe une pare excitation corporelle, nous ne sommes pas dans la même pièce. Comment un corps peut avoir un impact sur un autre corps, c'est tout le problème du langage silencieux tel qu'il a été décrit par le sociologue EDWARD.T. HALL. Alors on pourrait dire d'une façon un peu ironique : pourquoi se casser autant la tête et ne pas utiliser tout simplement le téléphone ? C'est que justement le téléphone n'est pas paisible, il est par nature inquiétant. Le téléphone est l'inverse d'apaisant car par l'intermédiaire du téléphone on ne saisit pas du tout les réactions physiques de l'interlocuteur à ce qu'on lui dit et quand il parle. On ne peut ni bien comprendre son interlocuteur, ni bien le convaincre. Alors est-ce que c'est une dénaturation de la relation psychothérapique que la pratiquer par la télé-psychiatrie ? Est-ce que çà pervertit la relation ? Est-ce que çà crée un système de défense gênant comme un carcan ? Il faut quand même rappeler que FREUD avait allongé ses patients pour ne plus les voir et pour que ces derniers ne le voit pas; on peut comprendre sa démarche d'isolement du patient et du thérapeute pour ne pas qu'il y ait d'influence mutuelle, de parasitage, dans le cours de leurs pensées ; certains psychanalystes ont même poussé la chose jusqu'à mettre un paravent et d'autres psychanalystes ne serrent pas la main de leurs patients. Avec la télé-psychiatrie, c'est différent car le patient n'est pas allongé et on se voit ; mais on ne se voit pas pareil, car on n'a pas dans l'idée qu'on a une maîtrise sur le corps de l'autre, on se voit mais on est hors de portée. C'est vrai que la rencontre corporelle est rassurante, réconfortante, c'est vrai qu'on peut aller voir un médecin aussi pour se consoler mais on ne peut pas le voir que pour ça. Car cette rencontre est aussi une rencontre très technique très professionnelle où le patient doit exposer sa logique qu'il a de ce qui lui arrive et si possible l'échanger contre une autre logique. Alors qu'est ce qu'on gagne et on perd dans la télé-psychiatrie ? Nous sommes amenés à la question de la sémiotique que je ne saurais aborder ! Mais, ce n'est pas pour moi un sujet superflu car lorsque l'on est psychothérapeute si l'on veut être efficace avec son patient, il faut avoir ce qu'on appelle l'inspiration pour lui répondre, et on peut se demander si le contexte de la télévision n'a pas un effet sur cette inspiration. L'inspiration ne se réduit pas à simplement écouter, il faut encore que ce dit le patient nous donne des idées par association d'idées pour lui répondre ; il faut qu'on soit en forme pour trouver quoi lui répondre. Bien entendu l'inspiration est un mécanisme très complexe dont on ne pourra pas tellement débattre aujourd'hui, bien sur, c'est abstrait mais il faut savoir que ça existe. Si par contre j'ai des soucis personnels, si je suis indécis et incertain par rapport à ce que je vais faire après que j'ai vu le patient alors, mon inspiration est sans doute parasitée. Donc c'est vrai qu'il n'est pas idiot de dire qu'en économisant de la fatigue ne serait-ce qu'en en économisant la concentration à conduire une voiture pour se rendre au lieu de consultation, je gagne en énergie psychique et en inspiration. Moins la chose me paraît contraignante et laborieuse plus je suis content et je gagne en inspiration. Mais l'économie de la fatigue n'est pas tout ; alors, est ce que la télé-psychiatrie favorise l'inspiration ?

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Pour commencer simplement, la télé-psychiatrie apporte un certain bonus, car elle crée une mise en scène qui rend la rencontre plus technique, voire qui sacralise cette rencontre. Car il est vrai qu'on ne filme que les gens ou les événements importants.... Donc avec la télé-psychiatrie c'est comme si tout est important dans ce qu'il va dire, tout est précieux.

En plus, quand on est devant la caméra à travers un poste de télévision et de plus quand on est plusieurs soignants, on peut devenir un peu plus ludique ou un peu plus hystérique et donc être un peu plus inspiré car on est porté par un certain état d'émulation voire d'émulation collective. Evidemment, on pourrait rétorquer qu'il n'y a rien de la mise en scène cinématographique ou créative dans la télé-psychiatrie car une peinture se prépare et un film se prépare. On fait des mises en scène, on fait du spectaculaire, on fait du montage, on reprend plusieurs fois les mêmes scènes et ça n'a plus qu'un lointain rapport avec la réalité toute simple, ne serait ce que lorsque l'on condense une histoire en une heure et demie. Ceci étant il existe de plus en plus de films et de séries filmés en caméra sur l'épaule et qui sont apparemment très attractifs et parfois plus prenants que les films construits selon les méthodes très académiques avec de gros moyens. Il doit y avoir d'ailleurs une nette influence culturelle télévisuelle car lorsque j'ouvre le poste de télévision et je vois d'emblée la pièce du CMP cela a un effet saisissant : c'est comme si le rideau se levait et c'est comme si j'attendais impatiemment de découvrir qui va entrer par la porte du fond. D'aucun y verront une répétition de la scène primitive Je vais revenir sur l'inspiration... Le patient vient voir le médecin et on peut traduire sa demande ainsi : voilà j'ai telle ou telle difficulté et je n'y comprends rien, si vous y comprenez quelque chose parce que vous êtes moins envahi que moi, alors dites moi comment faire ! . En fait, ce n'est pas tout à fait aussi simple car souvent le patient vient aussi pour qu'on lui donne raison. Aussi, dans un premier temps, on est obligé de déconstruire ce qu'il nous dit en lui expliquant qu'il a tort de penser ce qu'il pense et que tant qu'il pensera ce qu'il pense, il ne pourra pas trouver de solution, la preuve ça lui échappe... Donc c'est un travail fatiguant et qui demande de l'inspiration. Car, il s'agit de contredire le patient mais sans le vexer puisque le plus souvent il veut continuer à avoir raison ; il faut reconnaître qu'il pense souvent qu'un bon médecin c'est un médecin qui lui donne raison... En plus, il faut essayer d'être inspiré et ne pas lui donner des commentaires trop fumeux qui ne lui permettraient pas d'avancer dans sa pensée. Donc comment faudrait-il faire pour être inspiré quand on travaille en télé-psychiatrie? Voici quelques trucs hétéroclites que j'ai relevés. Apparemment il faut une belle image donc déjà un bon éclairage car une fois qu'on a une belle image du patient on a l'impression d'être à côté de lui, tout concentré qu'on est sur le récit du patient. Ensuite, j'ai remarqué que la distance donnée par la vidéo se prolonge en quelque sorte par une liberté de mouvements que peuvent avoir par exemple deux personnes qui se téléphonent à l'aide d'un mobile d'appartement, en un mot c'est une relation plus relaxe. En d'autres termes il me semble qu'on bouge plus quand on est en contact par la télépsychiatrie car on n`est pas dans la convention de deux corps dans un même espace qui s'effaroucheraient si l'un deux bougeait, il est alors moins incongru et moins dangereux de

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bouger ; et bouger c'est utile pour l'inspiration, car rappelons le, bouger permet souvent de mieux réfléchir en mettant en scène et en mouvements, dans l'espace, ses problèmes à poser. Il y a comme une augmentation de la force de l'argumentation : car on veut se convaincre, mais on veut le faire malgré la distance et autres inconvénients techniques ; aussi, on fait l'effort de se faire comprendre ; la télé-psychiatrie met donc en scène la difficulté à se parler, à se faire comprendre Il me semble que l'inspiration vient d'autant plus facilement si on se sent libre ; or, en plus de la liberté de mouvements, Il existe aussi cette capacité de fermer le micro. Par ailleurs je remarque que les entretiens par télé-psychiatrie sont apparemment plus brefs pourquoi ? Est-ce qu'on va à l'essentiel et comment on s'y rendrait ? Est ce qu'on répète moins la même chose comme on le fait malheureusement souvent en psychothérapie avec des paraphrases ou des circonlocutions ? Je ne saurais répondre à cette réduction du temps mais je sais que c'est important car c'est un gros problème dans les psychothérapies : car le temps perdu c'est de la fatigue, ce n'est pas le temps en lui-même mais c'est l'impression de caler. Le temps perdu traduit le plus souvent l'impression de recueillir les plaintes sans savoir quoi dire ni penser. Donc la télé-psychiatrie est un progrès pour les déplacements et pourquoi pas pour l'inspiration, mais ce qui fait peur ce sont les pannes ! Ce qui fait peur, c'est qu'en ouvrant le poste de télévision on n'ait pas de réseau et qu'on soit obligé de dire au patient qu'il doit revenir un peu plus tard ; on est souvent obligé de le prendre par téléphone et lui dire que : désolé, mais notre truc n'est pas encore tout à fait au point ! Et alors quand on voulait gagner du temps on s'aperçoit qu'on en perd encore plus et pour peu que d'autres soignants autour désapprouvent la télé-psychiatrie cela donne de l'eau au moulin de leurs critiques et sarcasmes . Mais puisqu'on me dit que chaque problème technique finit par trouver sa solution, alors je me permets de le répéter cette formule au patient... Mais finissons positif et répétons qu'encore une fois, en dehors de ces inconvénients techniques, la télé-psychiatrie me paraît un très bon outil.

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