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Jacques-Youenn de QUELEN

INITIATION AU

CODE DE LA CHEVALERIE

THEORIE ET PRATIQUE DE L'ESPRIT ET DU COMPORTEMENT CHEVALERESQUES

A l'heure où le mal a si souvent droit de cité parmi les hommes, et jusque dans les plus hautes institutions, le réveil de la vocation chevaleresque est une urgence, à laquelle le ciel n'a jamais tardé à répondre. P. Philippe-Emmanuel RAUSIS, o.p. Les voies du Seigneur, l'art de choisir son chemin, 1995, Ed. La Joie de Lire, p. 77

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Souviens-toi que tu dois mourir ... Et paraître devant ton Créateur, Et rendre compte de ta vie ...

Qu'as-tu fait de ta vie ?

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Sommaire

Introduction ............................................. 4 1. La manière chevaleresque d'être Chrétien....... 7 2. L'action par rapport à l'Église.....................10 3. L'attitude envers les plus faibles..................13 4. La place de la Patrie.................................16 5. Le comportement dans l'adversité.................18 6. Faut-il défendre la Foi ? ...........................21 7. L'amour de la vérité et l'honneur de la parole...25 8. L'attitude envers les autres.........................28 9. Attitude générale pour le Bien et la Justice......30 Annexe I Le Code de la Chevalerie .............. 33 Annexe II Le Notre Père ............................34 Annexe III Le Psaume 62 ........................... 35 Annexe IV Le Cantique de la création............. 36 Annexe V Toi, l'au-delà de tout ................... 37 Annexe VI Sur l'héraldique personnelle.......... 38

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Introduction

Notre intention n'est pas de rédiger une "histoire de la chevalerie" de plus. Ni d'étudier la chevalerie ancienne comme un entomologiste dissèque et décrit un insecte mort et disparu depuis longtemps. Ni de commenter les rêveries de l'Amour courtois médiéval. Ni de gloser sur l'imagination déconnectée du réel d'un Don Quichotte. Et encore moins d'enseigner une pseudo science secrète réservée à quelques privilégiés. Bien au contraire, il s'agit tout simplement de proposer un plan pour une initiation à l'intemporel Code d'honneur de la chevalerie. Applicable et vécu aujourd'hui, en ce début de XXIème siècle. "Initiation", au sens d'un enseignement de ses rudiments, qui donne les moyens d'en connaître les règles. Et, par la mise en pratique de ce Code, d'acquérir l'instinct de l'esprit chevaleresque et l'habitude du comportement chevaleresque ici et maintenant, partout et toujours.

C'est un instinct rare, à l'opposé de l'instinct grégaire, complètement détaché de tout conformisme. Et qui rejette, soit par réflexe, soit par principe de suspicion, le "politiquement correct" et la "pensée unique". Faire "comme tout le monde" n'est jamais, en soi, un critère d'intelligence.

Cependant, il est accessible à tous, à condition, et l'on verra selon quels critères, d'être intéressé, et attiré par - tout ce qui est VRAI, contre tout ce qui n'est pas vrai, - tout ce qui est BIEN, contre tout ce qui n'est pas bien, - tout ce qui est BEAU, contre tout ce qui n'est pas beau. Le Vrai, le Bien et le Beau sont les trois valeurs qu'on appelle les "transcendantaux" de la loi naturelle de l'espèce humaine, parce qu'ils correspondent à son besoin spirituel vital. Il est naturel de ne pas aimer le mensonge, ni le mal, ni ce qui est laid. Ces valeurs, individuelles plus que collectives, guident une vie attachée à l'idéal chevaleresque. Un idéal, c'est un but de perfection, que l'on sait inatteignable dans l'absolu, mais vers lequel on veut progresser : il permet d'avancer. C'est bien une tendance, une direction, une orientation qui désigne le sens de sa vie. Pour fixer les critères et modes de repérage de l'idéal de la vie chevaleresque, un Code d'honneur s'est progressivement imposé dans l'Occident Chrétien. Code longtemps transmis autant par un enseignement oral que par celui de l'exemplarité. Ce Code, admis et reconnu par l'ensemble de la société, n'a été formulé pour la première fois par écrit que très tardivement, au 19ème siècle, dans l'ouvrage monumental - La Chevalerie - de Léon Gautier, édité en 1895, (pages 32 et 33), qui s'est efforcé de décrire comment se vivait la chevalerie au Moyen-Âge. Par la suite, il fut adapté aux temps modernes (Selon Léon Gautier, le code comprenait aussi un article relatif aux devoirs réciproques du suzerain et du vassal ; article devenu sans objet de nos jours.) par les diverses institutions et ordres chevaleresques qui ont ainsi sauvegardé un enseignement dont la pédagogie conserve la structure d'un véritable Code d'honneur. Auparavant, ce Code se transmettait de chevalier à chevalier, et depuis si longtemps que personne ne peut en dater l'origine précise. Ces chevaliers d'autrefois étaient des militaires très entraînés et combattant à cheval.

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Il mettaient leur épée au service d'un roi ou d'un prince dignes de leur estime. Entre deux missions, c'étaient des "chevaliers errants" toujours prêts à défendre une juste cause, au risque même de leur vie. L'image moderne du type de chevalier peut se retrouver dans certains westerns où le héros est un cow-boy à la fois sympathique, libre et indépendant, ayant le sens aigu de la justice, et devenant soudain très dangereux quand il dégaine son arme. Les chevaliers se reconnaissaient entre eux par leurs capacités morales et militaires, et la réputation que leur valaient leurs exploits. Ils formaient l' "Ordre de la chevalerie de Chevallerie", qui leur permettait de se retrouver et d'avoir entre eux une confiance absolue car ils avaient en commun d'adhérer au même système de valeurs, en esprit et par leur comportement. Et s'il y dérogeaient, il en étaient bannis. Pour entrer dans cet Ordre qui, contrairement à la noblesse, n'est pas héréditaire mais personnel, et donc non transmissible par la naissance, il faut en être reconnu digne, et être reçu (adoubé) et armé, par un autre chevalier, selon un rituel très précis. Ce que les historiens disent, c'est que le Code de la chevalerie à été profondément christianisé par l'Église, à partir d'environ l'époque de Charlemagne (mort en 814), pour que l'Église soit défendue et protégée contre les attaques des "barbares" c'est-à-dire toutes les sortes de païens mécréants hostiles au nom Chrétien et au Vrai Dieu révélé par Jésus-Christ. Et à partir du 12ème siècle, des Ordres religieux internationaux ont été autorisés par l'Église à prendre les armes et à recruter des chevaliers expérimentés (les "moines-soldats") pour encadrer des troupes destinées à reconquérir le libre accès des pèlerins de Terre sainte (ce qu'on a appelé plus tard les "Croisades") et à garder libres la ville de Jérusalem et le Tombeau du Christ. Depuis l'époque des Croisades, bien sûr le contexte a changé. Maintenant la chevalerie a pour mission de défendre la Foi chrétienne contre l'athéisme (qui prétend qu'il n'y a pas de Dieu) et les diverses formes de matérialisme (qui adorent de fausses idoles et vivent comme s'il n'y avait pas de Dieu). Aujourd'hui, en France, on peut estimer que seulement 4% de la population (soit 2.500.000 personnes) peuvent être considérés comme réellement "pratiquants" de la religion chrétienne. Alors, évidemment, l'esprit chevaleresque chrétien est devenu rare, mais encore assez présent pour être en mesure de constituer un "levain qui fait lever la pâte" ou "le sel qui donne du goût à ce qui est fade et décevant". Peu de temps après sa nomination comme archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois a déclaré : - « Un abîme existe désormais entre la morale chrétienne et le consensus général. » Pour savoir de quoi il s'agit, il est donc important de connaître le Code de la chevalerie. C'est un catalogue d'obligations librement choisies et vécues, une Loi. Une Loi qui oblige celui ou celle qui la fait sienne. Cette Loi est composée de huit articles, plus un, qui constitue une synthèse des huit premiers. Pour chaque article, la méthode d'exposé sera toujours la même, en douze points : - à quelle question l'article veut répondre, - les mauvaises réponses, - le principe de la réponse, - les contraires du principe, - idéal et réalités, - quelques pistes pour réfléchir et discuter, - exemples d'action concrète, - énoncé de l'article, - explications complémentaires, - limites et sauvegarde ,

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armement : se préparer, être prêt, applications particulières possibles : au plan religieux, au plan de la charité, au plan de l'unité des Chrétiens.

N.b : la religion chrétienne, étant fondée sur la Parole du Christ, il n'est pas envisageable de penser que Sa prière ne soit pas exaucée ("...qu'ils soient un...", Jn 17, 11) ; l'Unité est donc réelle, malgré des apparences qu'il faut contribuer à dissiper, par le travail des hiérarchies ecclésiales, celui des théologiens et celui de tous les Chrétiens, à commencer par ceux et celles qui se réclament du respect chevaleresque de toute personne quelle qu'elle soit.

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1 ­ La manière chevaleresque d'être Chrétien.

1.1. A quelle question l'Article 1er veut répondre Il faut bien qu'il y ait une différence, parmi toutes les façons d'être Chrétien, qui soit propre à la manière chevaleresque. 1.2. Les mauvaises réponses La manière chevaleresque n'est pas celle de personnes qui passent leur vie à chercher à tout comprendre et à reconstruire, chacun pour soi et tout seul, le sens de la vie, le fameux "qui suis-je, d'où viens-je, où vais-je ?" de Montaigne. Ce n'est pas, non plus, de suivre aveuglément un "maître", qu'il soit professeur, prêtre ou gourou, ou encore un organisme (par exemple les sectes ou cercles initiatiques) supposé savoir toute la vérité et vous mettant en dépendance de son bon vouloir en vous manipulant. 1.3. Le principe de la réponse Il est très simple : c'est la FOI, c'est à dire une confiance absolue : c'est CROIRE. 1.4. Les contraires du principe Le contraire serait de passer son temps à se poser des questions déjà résolues par tant de générations qui nous ont précédés. Ce serait douter de tout et de tous. Ce serait la défiance, la méfiance, le soupçon ou la révolte. 1.5. Idéal et réalités Alors CROIRE, avoir une totale confiance, mais en quoi ou en qui ? Le choix chevaleresque est tout simplement de croire en Notre Seigneur Jésus-Christ, qui a dit (Jn 14,6): - « Je suis le chemin et la vérité et la vie.» La question est alors de savoir par quel moyen connaître Notre Seigneur, pour l'aimer et le servir. 1.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Comment, par quels moyens connaître le Christ et son enseignement ? Le vrai et seul moyen c'est de s'adresser à Lui (la prière) et de lui dire : "s'il te plaît, aide moi à Te connaître". Il faut demander (Lc 11, 9): Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez. Saint Paul précise (Ep 2,8) : "C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi". Il faut faire un minimum d'efforts pour s'ouvrir à la grâce de la foi, pour être disponible à son accueil. Le dicton populaire dit "aide-toi, le Ciel t'aidera". Paul Claudel écrivait : "mets-toi à genoux et tu prieras !" L'Évangile est plus précis encore (Lc 16, 16) : "Tout homme déploie sa force pour entrer dans le Royaume de Dieu." Il faut donc y mettre de la volonté : manifester fortement son désir sincère ! Il y a un Livre, comportant 250 chapitres, rassemblés en 27 livres (dont les 4 Évangiles), qui sont le témoignage de ceux (les apôtres) qui ont personnellement connu le Christ, il y a bientôt 2000 ans. Ce livre, c'est le Nouveau Testament , aussi appelé, par ellipse l'Évangile, qui complète l'Ancien Testament, la Bible des Juifs (elle-même puisant ses sources, selon les découvertes récentes des historiens et des archéologues, dans l'ancienne Egypte et la Mésopotamie) que Jésus-Christ, Juif lui-même, vrai Dieu et vrai homme, est venu accomplir par son enseignement. L'Évangile c'est l'enseignement du Christ, qui est la "Bonne Nouvelle", la Nouvelle de la Paix en Dieu, l'annonce du Salut (c'est à dire qu'on est tous sauvés du néant). Salut universel et gratuit qui transforme le monde, justement, dans l'esprit de cet Évangile.

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1.7. Exemples d'action concrète Il est donc normal que vivre de manière chevaleresque comporte un minimum de connaissance de l'Évangile, par exemple par l'habitude prise de le relire souvent ou, au moins, comme tout Chrétien conséquent, en allant chaque dimanche à l'église ou au temple pour entendre "la parole de Dieu" la méditer en son coeur et y trouver les réponses aux questions qu'on peut se poser. La vie pose à chacun toutes sortes de problèmes : quoi penser, quoi dire, comment agir...? Toutes les générations de chrétiens, qu'on appelle l'Église (avec un É majuscule) c'est à dire l'ensemble des Baptisés qui forment un corps dont le Christ est la tête, toutes ces questions, toutes les générations se les sont posées. Ce qui fait que l'Église a une expérience immense. Comme la chevalerie est faite pour combattre, et non pour passer son temps à discuter de théologie, elle a trouvé tout naturel et indispensable de faire confiance à l'enseignement de l'Église. En bloc, sans discuter mais non aveuglément ! Et d'obéir à cet enseignement, même si c'est parfois difficile de rester obéissant à cet enseignement . 1.8. Énoncé de l'article 1er c'est ainsi qu'est donc rédigé le premier article du Code de la Chevalerie :

Article 1 : Tu croiras à l'enseignement de la Sainte Église du Christ et tu lui resteras obéissant.

1.9. Explications complémentaires Ainsi, l'homme ou la femme, la fille ou le garçon, qui vit dans l'esprit chevaleresque parfait n'est plus dans les ténèbres, mais dans la lumière : il sait. Selon l'heureuse formulation du P. Denis Vasse : " Qui vit en esprit et en vérité ne se pose plus la question de Dieu. Et qui vit de Dieu ne se pose plus la question de la vie : Il vit et il croit". 1.10. Limites et sauvegarde L'Enseignement de l'Église s'exprime par des quantités de livres et de prédications, depuis 20 siècles, et cela continue tous les jours. C'est très bien ainsi. Car l'Église est vivante. Les prêtres, pasteurs et conseillers spirituels sont des bornes, des poteaux indicateurs qui nous indiquent le chemin. Mais ils peuvent se tromper, car ils sont comme nous : des êtres humains, donc faillibles. Et si on n'est pas satisfait des réponses que l'un d'entre eux nous fait, il ne faut pas hésiter, comme en médecine, à en consulter un autre. De toute façon le seul bon enseignement sera celui qui sera le plus possible en conformité avec l'esprit de l'Évangile. L'esprit chevaleresque commande de toujours garder l'esprit critique et le goût de la liberté. Parler autour de soi si on ne comprend pas, ou si on trouve des opinions ou propos bizarres. Ne jamais accepter de suivre un "maître" ou un gourou. Le Christ est notre unique Maître, celui dont nous voulons être les disciples. Il est le seul Sauveur. 1.11. Armement : se préparer, être prêt Il y a un texte du Nouveau Testament qui dit : (1P 3,15) "Soyez toujours prêt à justifier votre espérance [et donc votre foi] devant ceux qui vous en demandent compte" C'est une question de prise de conscience. Dieu est : Dieu Père, qui a tout créé, Dieu Fils, qui est venu nous sauver

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et Dieu Saint-Esprit, qui nous aide à devenir meilleurs. C'est Dieu en son mystère (un Mystère est une réalité que l'intelligence humaine n'est pas à même de comprendre) de la Sainte Trinité. Dieu nous aime (tous, un par un, personnellement, qui que nous soyons et quoique nous fassions) et sans aucune condition. Son Amour est inconditionnel. Tout de suite et tout le temps. Il nous accompagne : il l'a dit (Mt 28, 20) "Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps", dans la fête comme dans les épreuves, et aussi lorsque, apparemment, "il ne se passe rien". Avec toute sa bienveillance, même si nous faisons des bêtises (le péché) ­ et nous en faisons tout le temps ­ c'est-à-dire des paroles, des pensées, des actions ou des omissions, qui ne vont pas dans le sens de la Justice de Dieu qui est l'esprit de l'Évangile. La vie de Jésus, que nous relate l'Evangile, nous enseigne que, pour Dieu, ce n'est pas si grave de pécher, le tout c'est de toujours essayer d'arrêter de le faire (voir l'histoire de la femme qui avait péché et qu'on demandait à Jésus de juger : (Jn 8, 11) : "... moi non plus, je ne condamne pas : va et ne pèche plus." Une bonne définition intéressante du "péché" montre bien le passage de l'Ancien au Nouveau Testament : "Le péché ce n'est pas un Juge qu'on offense mais un Enfant qu'on blesse". 1.12. Applications particulières possibles. Au plan religieux : nécessité d'une vie spirituelle personnelle, et de connaître de mieux en mieux les textes du Nouveau Testament en son entier. Le relire tous les ans, si possible un peu tous les jours, livre après livre, chapitre après chapitre. Une astreinte, oui, mais ô combien bénéfique et enrichissante ! Et surtout prière perpétuelle c'est-à-dire vivre le plus possible sous le regard aimant de Dieu. Et puis, nécessité aussi de l'intermédiation de la religion, qui relie et structure l'accompagnement de la foi. Sans religion, pas de "communion des saints" (c'est-à-dire la vie dans l'union totale de tous les Baptisés, vivants et morts). La chevalerie est constituée d'hommes et de femmes, frères et soeurs du Christ et de tous les hommes, enfants du même Dieu-Père. Nul ne peut être Chrétien tout seul. Une foi sans religion courrait le risque d'illuminisme, risque évité par le discernement communautaire de l'environnement concret des Baptisés de l'Eglise dont nous sommes membres. Au plan de la charité : l'esprit chevaleresque est évidemment de considérer comme un grand honneur d'avoir, à l'imitation du Christ et de ses apôtres, l'occasion de servir et de soulager les pauvres, quels qu'ils soient, et les malades, quelle que soit leur maladie, physique, psychique ou spirituelle. Au plan de l'unité des Chrétiens : une incontournable nécessité de respecter, d'écouter et d'estimer non seulement les Chrétiens d'une autre Confession que celle qui est la nôtre, et même ceux qui sont de la même Confession (!) mais aussi tout homme ou toute femme, car il (elle) a été créé à l'image de Dieu, même s'il ne le sait pas.

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2 ­ L'action par rapport à l'Église.

2.1. A quelle question l'Article 2 veut répondre. Le premier article du Code de la chevalerie donne la Loi du comportement intérieur de l'âme chevaleresque qui se plante résolument devant son Créateur et se reconnaît comme sa créature ("chacun sa place !" selon la formule de saint Ignace de Loyola), en lui disant : - « Tu es mon Seigneur et mon Dieu ! » (cf Jn 20, 28) - « Tu es grand, Tu es beau » (cf Annexe IV : Cantique de la création) En conséquence, vient alors l'autre question : - « Qu'attends-Tu de moi ? » 2.2. Les mauvaises réponses Cette question, tous les Chrétiens peuvent et doivent se la poser. Dieu est Seigneur et Maître, absolument digne d'être aimé et servi. Alors comment dois-je faire ? Il y a beaucoup de mauvaises réponses, qui consistent à se renseigner sur quantités de philosophies, religions ou modes de vie, sans vraiment vouloir trouver : on butine, on prétend chercher mais on ne cherche pas vraiment, parce que on a pas réellement envie de trouver. 2.3. Le principe de la réponse Or le Christ nous dit (Lc 11, 9): - « Cherchez, et vous trouverez » Il y a bien de bonnes réponses : ce sont les manières que chacun et chacune découvrent, en laissant la Lumière de Dieu éclairer nos consciences (on appelle cela la grâce) et qui permettent de découvrir sa véritable vocation : ce pour quoi on est fait et à quoi Dieu nous appelle. Parmi toutes sortes de vocations, celle de la voie chevaleresque, qui peut d'ailleurs et bien sûr, être complétée par des engagements plus précis (vocation religieuse, mariage, célibat volontaire) demande d'abord de protéger la Foi chrétienne contre ceux qui veulent l'attaquer ou la détruire. Dieu a des droits : ceux d'être connu, aimé et servi, et ces droits sont sacrés. Ils doivent être défendus. Aussi bien à l'intérieur de soi, en luttant contre les tentations, qu'autour de soi, en ne laissant pas passer sans réagir les atteintes au Christ (la tête) et donc à l'Église (le corps, l'assemblée de tous les baptisés dans la Foi) 2.4. Les contraires du principe Ce serait de se taire lâchement quand on entend dire du mal de l'Église. Nous savons que l'Église est sainte, et cependant composée d'hommes et de femmes qui ne sont pas parfaits. Seul le Christ est parfait. Mais laisser dire du mal, laisser attaquer l'Église, n'est pas digne de l'esprit de chevalerie. On connaît la formule célèbre : "quand vous critiquez un prêtre, c'est l'Église que vous blessez !" 2.5. Idéal et réalités - " Touche pas à l'Église !". - " Touche pas aux prêtres !" - " Touche pas aux pasteurs !" Ils ont donné leur vie pour servir Dieu et leurs frères les hommes ! S'il peut arriver qu'un prêtre ou un pasteur semble fautif, il faut prier pour lui. Et si on est en mesure de le faire, ne pas hésiter à l'aider à se remettre en question.

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2.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Il est sûr qu'il y a des positions de l'Église, sur certaines questions, qui sont très critiquées, par exemple dans les journaux ou à la télévision : - l'avortement, - l'euthanasie, - le suicide assisté, - les meilleurs moyens de lutter contre le sida, - la famille, - la fidélité dans le mariage, - le divorce... Pourtant l'Église ne peut s'exprimer autrement qu'elle le fait, puisqu'elle est porteuse du message de l'Évangile, de la Parole du Christ. 2.7. Exemples d'action concrète Dans ces conditions, environnés que nous sommes, pour ne pas dire cernés, par la meute du "consensus" et du "politiquement correct", le comportement chevaleresque doit être le contrepoison qui porte le témoignage de la résistance à toutes les contre vérités, à tous les mensonges proférés ouvertement ou insidieusement. Ne pas laisser dire que l'avortement est une bonne solution pour contrôler les naissances, alors que la vie est sacrée puisque don de Dieu, et non, comme on l'a entendu déclarer par un responsable politique " la vie est maintenant devenue un matériau que l'on gère" ! S'insurger quand on entend dire que l'euthanasie est une bonne solution alternative aux soins palliatifs ! etc... etc... 2.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le deuxième article du Code de la Chevalerie :

Article 2 : Tu défendras l'Église Chrétienne.

2.9. Explications complémentaires. Vingt siècles d'Histoire de l'Église montrent que certains hommes, à certaines époques, ont commis au nom de l'Église ou au nom de Dieu, des actions catastrophiques. On pense en particulier aux guerres de religions. Comment des Chrétiens ont-ils pu être aveuglés par la passion de leur manière de Croire, au point de piétiner et massacrer tout l'enseignement de l'Évangile ? Il ne nous appartient pas de juger ces hommes et ces femmes. Seul Dieu est juge. Et c'est un Juge de Miséricorde et de pardon. Et nous ne sommes pas responsables du passé. Mais nous sommes personnellement responsables de notre jugement sur les actes du passé et, surtout, de notre comportement, aujourd'hui et maintenant. 2.10. Limites et sauvegarde Alors il faut faire très attention à ce qu'on dit et à ce qu'on fait. Et savoir garder l'indépendance d'esprit, qui permet, en suivant les critères de l'Évangile, de ne pas tomber dans les erreurs du passé. Il y a de mauvais "bergers". Ils n'ont pas la Voix du Christ. Il ne faut pas les suivre. 2.11. Armement : se préparer, être prêt Il faut se donner les moyens de discerner : ce qui plait à Dieu et ce qui ne lui plait pas du tout. Il faut savoir demander conseil aux bons bergers. Dans l'Église, il y en a plein, et de très bons ; beaucoup plus que de mauvais. Il serait très injuste d'en condamner 99 pour 1 qui dit ou fait des bêtises ! Et il faut se nourrir de l'Évangile. Etre riche de la Parole de Dieu. Il est écrit (Jn 1, 14) : "Le Verbe [la Parole] s'est fait chair et il a habité parmi nous".

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2.12. Applications possibles Au plan religieux : relire tous les ans, en lecture dite "cordiale", au fil des mois, la totalité du Nouveau Testament. C'est la meilleure arme pour défendre l'Église. Au plan de la charité : Traditionnellement, il en est une, toujours d'actualité, qui est de se rendre disponible selon ses possibilités pour un "service d'Église", en lien avec une paroisse. Ainsi que disait Mère Teresa, "l'Église, ce n'est pas "les autres" ;l'Église, c'est toi et moi !" Et puis il a tant de manières de servir si on affirme avec force les valeurs: de RESPECT : toute personne a droit au respect (et ne doit jamais être considéré comme un objet à jeter après usage), d'ACCOMPAGNEMENT : en consacrant un peu de temps pour soulager ceux qui souffrent, de PROTECTION : en contribuant à procurer un havre de paix aux plus malheureux. Au plan de l'unité des Chrétiens : La prière pour l'unité des Chrétiens et pour l'unité des Églises, est à pratiquer, non pas seulement une semaine par an (la "semaine pour l'Unité des Chrétiens", fin janvier) mais tous les jours !

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3 ­ L'attitude envers les plus faibles

3.1. A quelle question l'Article 3 veut répondre Le vieil adage est toujours d'actualité : "Homo homini lupus". L'homme est un loup pour l'homme. L'homme fait souvent beaucoup de mal à ses semblables. Cette citation de Plaute (Rome vers 200 avant Jésus-Christ) est païenne, comme l'est aussi le "Vae victis" Malheur aux vaincus lancé par le gaulois Brennus aux Romains qu'il venait de vaincre (en 390 avant J.-C.). Le Christ et ses disciples, et particulièrement l'esprit chevaleresque disent autre chose. 3.2. Les mauvaises réponses "Qui a dit qu'il fallait protéger les faibles ? ­ Les faibles !" Cette horrible citation de Nietzsche a inspiré Lénine, Staline et Hitler et bien d'autres anti-Chrétiens. On constate aussi malheureusement que certains agissent systématiquement ainsi : "Si quelqu'un s'enlise, enfoncez-le". Ou bien "Je réussirai ma vie professionnelle en écrasant tous mes concurrents". Et dans bien de grandes entreprises multinationales, se pratique le "contempt management" , la "direction par le mépris", où quand vous ne progressez plus, on vous jette dehors. Et s'applique aussi la technique de gestion des hommes par la théorie du "maillon le plus faible" : on cherche en permanence, comme en un sinistre jeu de la "chaise musicale", qui sera le prochain cadre à éjecter. Autrefois on y parlait de "direction du personnel", puis de "direction des relations humaines" ; maintenant c'est la "direction des ressources humaines" : les hommes (et les femmes) sont traités comme du matériau : ressources minières, ressources énergétiques, ressources humaines... Et les "codes d'éthique" n'ont plus rien à voir avec la morale, mais sont concoctés par des cellules de marketing qui y fourrent ce qu'ils pensent devoir le mieux vendre l'image de la firme ; peu importe ce qu'il y a derrière l'image ! La société civile contribue bien, d'ailleurs, à ce phénomène en désignant les hommes et les femmes non plus comme des "personnes", mais comme des "individus", vocable qui, avant, était réservé à un usage péjoratif : sinistre individu, individu suspect ou douteux, drôle d'individu... 3.3. Le principe de la réponse L'esprit chevaleresque c'est de défendre les faibles contre les forts qui abusent sans scrupules de leur supériorité. Cela vaut aussi bien physiquement qu'intellectuellement. L'origine de ce principe vient du Moyen-Age, où le devoir du chevalier était de protéger - les veuves (qui n'avaient plus de mari pour les protéger), - les orphelins (qui n'avaient pas de parents pour les défendre) - les religieux (qui traditionnellement ne portaient pas d'armes). 3.4. Les contraires du principe Ce serait de ne pas réagir, ne pas voler au secours d'un plus faible attaqué par un plus fort ou un groupe nettement plus nombreux. Ce serait de s'enfuir face à la violence faite à autrui. 3.5. Idéal et réalités Bien sûr, intervenir, automatiquement, dans ce type de situation, relève de l'idéal. Cependant, il ne faut pas oublier que la Prudence est la première des quatre Vertus morales (elle vient avant la Justice, la Force et la Tempérance !) et ne pas agir inconsidérément. Mais ce qui est inévitable, c'est que quelqu'un (ou quelqu'une) qui a l'esprit chevaleresque, ne réfléchit pas : il fonce ! Et tant pis pour les conséquences !

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3.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Il est courant de constater que beaucoup de gens restent sans réaction quand une femme est attaquée dans un bus ou un métro. On a vu une jeune femme, qui se promenait dans un jardin public, s'interposer, en criant très fort et en ameutant tout le monde alentour, entre deux hommes qui "faisaient le coup de poing" pour une querelle stupide. Un ami, invité à dîner, est arrivé avec un oeil "au beurre-noir", parce qu'il n'avait pu s'empêcher de se bagarrer dans la rue avec un monsieur qui avait giflé une femme sous ses yeux. On se souvient de cette réponse d'Olivier de Kersauzon, marin célèbre, issu d'une famille qui s'y connaît en chevalerie, à un journaliste qui lui demandait : - "Si une bande de dix loubards vous attaque, alors que vous êtes tout seul, que ferez-vous ?" - "Je leur dirai : d'accord les gars, vous êtes nombreux et j'aurai forcément le dessous. Mais le premier qui s'avance, il va en prendre plein la g...; alors, à qui le tour ?" Un gamin rentre de l'école avec les vêtements tout déchirés, parce que pendant la "récré", il s'était battu à quatre contre un pour défendre un camarade de classe jugé minable, étant moins fort que les autres. La mère gronda pour la forme, et le père dit sa fierté d'avoir un tel fils. 3.7. Exemples d'action concrète Il n'y a pas que les cas d'intervention physique, il y a aussi l'intervention morale : la réaction contre quelqu'un qui humilie un autre, ou qui le harcèle injustement. Et puis, le comportement chevaleresque refuse, par réflexe de "hurler avec les loups". Quand on a l'esprit chevaleresque, on a l'instinct de respecter et de protéger les plus faibles. 3.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le troisième article du Code de la Chevalerie :

Article 3 : Tu respecteras les faibles et seras leur protecteur.

3.9. Explications complémentaires. Le fondement de l'attitude chevaleresque est le RESPECT : parce qu'on ne peut respecter les autres qu'à une condition : c'est de se respecter soi-même, c'est pouvoir se regarder, dans un miroir, sans honte. Le mépris avec lequel certains dirigeants (politiques ou d'entreprises) traitent leurs subalternes n'est que le reflet du mépris qu'ils ont d'eux-mêmes. Sur l'humilité : tout discours sur l'humilité tue l'humilité. L'humilité est l'attitude de la créature face à son Créateur. L'esprit chevaleresque n'autorise pas l'humilité devant un autre homme, mais seulement devant Dieu ! Selon saint Bernard, surnommé le "docteur suave", le bon comportement est d'être grand avec les puissants et simple avec les faibles (l'exact contraire d'un proverbe qui n'est pas du tout chevaleresque : "S'il est lion, sois un agneau ; s'il est agneau, sois un lion").

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3.10. Limites et sauvegarde En chevalerie, on aime bien la devise du Maréchal de Lattre : "Ne pas subir". Malheureusement ce n'est pas toujours possible. Mais, sans votre consentement, personne ne peut vous voler votre âme. 3.11. Armement : se préparer, être prêt On n'est pas forcément plus fort que les autres, sinon par le caractère. Savoir être indépendant d'esprit. Assurance ; maîtrise de soi ; savoir être à la fois fort (et non pas violent !) ET doux. 3.12 . Applications particulières possibles Au plan religieux : le Christ a dit (Jn 15, 5) "En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire". Pour respecter le mieux possible cet article 3 du Code, il faut prier Dieu et lui demander la Lumière pour toujours savoir quoi faire et la Force pour l'accomplir. Contre l'indifférence : savoir regarder. Et du même regard que celui que le Christ pose sur les miséreux de toutes sortes de misères. Au plan de la charité : qui est plus faible qu'un pauvre ou un malade que personne ne protège ni défend ? Il faut chercher les plus faibles pour les secourir. En donnant de son temps, en se groupant et en se structurant pour être le plus efficace possible. Au plan de l'unité des Chrétiens : avoir une prédilection particulière pour les Églises minoritaires et celles qui sont persécutées. Et pour les aider et défendre à chaque occasion.

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4 ­ La place de la Patrie.

4.1. A quelle question l'Article 4 veut répondre La Patrie ! Voilà bien un mot un peu démodé, sans doute parce que trop usé, et utilisé à toutes les sauces d'époques qui ne rappellent pas de bons souvenirs (les guerres, et surtout la première guerre mondiale, celle de 1914-18 où tant de gens sont morts ou ont été estropiés "pour la Patrie", pour défendre le sol de leur pays ou celui de pays alliés) Et pourtant ce mot désigne quelque chose de bien réel : le pays, la province ou même la ville ou le village dont on est originaire. Originaire, c'est-à-dire d'où on vient, là où se trouvent nos racines, soit parce que on y est né et qu'on y a grandi, nous ainsi que nos parents, soit parce que c'est un pays, un lieu choisi par adoption. On peut d'ailleurs en avoir plusieurs à la fois (l'époque est bien révolue et pourtant pas si lointaine où deux jeunes mariés étaient nés, selon les statistiques, à moins de 1 kilomètre de distance l'un de l'autre !). C'est important, les racines, parce qu'elles constituent notre passé atavique (notre hérédité) que nous transmettons aussi aux générations qui nous succéderont. Parce que nous ne sommes pas nés de "génération spontanée" comme ça, n'importe où n'importe comment. 4.2. Les mauvaises réponses Ce sont celles du chauvinisme, de l'esprit de clocher, du nationalisme agressifs, qui s'opposent aux autres, que l'on n'aime pas ou qu'on déteste sous prétexte qu' "ils sont différents, pas comme nous", et par conséquent jugés soit inférieurs, soit parfois trop supérieurs, au point de faire peur. 4.3. Le principe de la réponse C'est tout simplement d'aimer son pays, d'en être heureux et fier s'il le mérite, et malheureux sinon. 4.4. Les contraires du principe Ce serait, bien sûr, de détester son pays, ou pour diverses raisons de désespérer qu'il soit digne d'être aimé. Ou alors, de se couper de toutes racines et rejeter tout ce que nos ancêtres ont fait pour que nous naissions avec bonheur sur la "terre de leurs pères". De prétendre qu'il est bien suffisant d'être vaguement "citoyen du monde", sans aucun devoir, et donc sans droit de dire : "ce pays est le mien, je l'aime et je le défends". 4.5. Idéal et réalités Aimer son pays, sa Patrie, c'est naturel. Vouloir y vivre aussi, et pourtant ce n'est pas toujours possible, pour des causes soit politiques soit économiques, soit - hélas !- religieuses. On est alors exilé, et on a du mal à s'adapter, à s'intégrer dans une nouvelle "patrie" : on garde la nostalgie et un espoir de pouvoir "retourner au pays". L'amour de la Patrie s'imprime alors "en creux" : on souffre de son manque : preuve que c'est viscéral. 4.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Un dicton qu'on cite parfois : "Avant d'être quelqu'un, il faut être de quelque part". Un autre : "Le plus beau coucher de soleil se trouve dans MON pays". En dehors des idéologies "impérialistes" et conquérantes, de sinistre mémoire, mais toujours à l'affût d'une occasion de renaître, la seule raison invocable actuellement pour justifier l'existence d'une armée dans un pays, est qu'il faut être en mesure de défendre son territoire en cas de tentative d'invasion par un ennemi. En Europe, actuellement, nous avons la chance d'avoir la paix. Mais il a encore beaucoup d'endroits dans le monde où la guerre sévit. Y a-t-il des guerres justes ?

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Si Gandhi avait raison de conquérir l'indépendance de l'Inde, son pays, par une action non violente de résistance passive, les Français auraient-ils dû en faire autant en 1940 lors de l'invasion nazie ? Et la GrandeBretagne a-t-elle eu tort de résister aux tentatives d'invasion ? Et les américains ont-ils eu tort d'intervenir militairement ? 4.7. Exemples d'action concrète Ces questions sont graves... Plaise à Dieu que jamais plus nous y soyons confrontés. Mais si un jour elles devaient être posées, quelque soit sa forme, la réponse du comportement chevaleresque sera fonction d'un impératif clair et net : ce sera le choix de l'amour de son pays. 4.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le quatrième article du Code de la Chevalerie :

Article 4 : Tu aimeras ta Patrie

4.9. Explications complémentaires. A l'époque de la naissance de la chevalerie chrétienne, la Patrie c'était un fief, un ensemble de fiefs groupés en baronnies, en duchés, principautés ou royaumes. Les chevaliers étaient, le plus souvent, au service d'un suzerain pour combattre à ses côtés. Les frontières étaient variables et ont mis tellement longtemps à se stabiliser qu'on peut être certain que, dans l'esprit chevaleresque, la Patrie c'est moins un espace géographique administrativement limité que la terre de la famille dont on est issu. 4.10. Limites et sauvegarde Certaines familles ont pour devise : "Dieu ET ma Patrie". Mais il ne faut pas confondre, et idolâtrer son Pays ! Ni suivre des chefs qui veulent mener des guerres injustes ou des politiques immorales. 4.11. Armement : se préparer, être prêt Aimer sa Patrie, c'est connaître son Histoire, pour mieux comprendre le présent et préparer l'avenir. Refuser ce qu'on appelle le "pacifisme bêlant", qui mène tôt ou tard à l'esclavage, et s'armer l'âme pour être capable de défendre son pays et sa famille, le défendre pour qu'il ne se perde pas, avec toutes les richesses de ses traditions culturelles et religieuses. Savoir aussi respecter et protéger la nature, création de Dieu, sans pour autant la diviniser en en faisant une idole dont le culte de l'environnement serait l'idéologie au risque de devenir bientôt totalitaire. 4.12. Applications possibles Au plan religieux : la spiritualité chrétienne dépasse les frontières. Notre religion est universelle. Mais elle s'exprime selon la culture propre à chaque pays. Ne jamais oublier que notre Patrie définitive est le Royaume du Ciel, à l'avènement duquel nous sommes tous invités à travailler et combattre. Au plan de la charité : bien avant Louis Pasteur (l'inventeur du vaccin contre la rage en 1885), la chevalerie pouvait dire : "je ne te demande ni quel est ton pays, ta philosophie ou ta religion, mais quelle est ta souffrance". Au plan de l'unité des Chrétiens : un Patriarche Orthodoxe a dit : "les murs qui séparent les hommes ne s'élèvent pas jusqu'au ciel !" . Finalement, notre Patrie définitive, qui dépasse toutes les frontières, c'est le Royaume de Dieu !

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5 ­ Le comportement dans l'adversité.

5.1. A quelle question l'Article 5 veut répondre Quand la situation nous est contraire et qu'il faut faire face à un adversaire ou à un ennemi, qu'il soit en nous (défauts, maladies, blessures) ou hors de nous (contradiction ou attaque injustes), quelle est l'attitude chevaleresque ? 5.2. Les mauvaises réponses Accuser Dieu, lever le poing vers le ciel, en criant à l'injustice : - "pourquoi cela m'arrive-t-il à moi !?" On entend parfois : - "Mais qu'est ce j'ai fait au Bon Dieu ?!". Dieu n'y est pour rien. Il n'est jamais la cause du mal, car le Christ nous apprend qu'il est Amour absolu, et ne sait rien faire d'autre qu'Aimer, sans conditions, chacun d'entre nous. 5.3. Le principe de la réponse Autrefois, l'ennemi des chevaliers croisés, c'était le Sarrasin ou le Turc : pas question de reculer ! Aujourd'hui, on peut répondre plus globalement qu'il s'agit d'une épreuve que la vie, ou les autres, nous envoient. Et Dieu nous accompagne, là aussi, comme partout et toujours, et il nous soutient : il est AVEC nous. 5.4. Les contraires du principe Ce serait le découragement, la débandade et la fuite. Et insulter Dieu. 5.5. Idéal et réalités Face à l'ennemi et au mal, le comportement chevaleresque est de faire face, de ne pas reculer. Parce que l'idéal de la vie, ce n'est pas le bout de la vie terrestre, quelle que soit sa durée, pour tomber dans le néant, mais le passage à la vraie Vie en Dieu, le Dies natalis, le jour de la Vraie naissance dans le Royaume de Celui qui nous aime et nous attend. 5.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Quel est le sens du mal ? : Quel est le sens du mal que je fais, souvent malgré moi ? C'est parce que nous ne sommes pas "naturellement bons" mais instinctivement mauvais, à cause du péché dit "originel" lorsque l'homme a utilisé sa liberté pour céder à la tentation de prétendre se faire l'égal de Dieu et de se passer de Lui, de l'exclure de sa vie. Quel est le sens du mal que les hommes infligent à d'autres hommes ? Sans la Loi enseignée par Jésus-Christ, les hommes se détruisent. Et cette Loi c'est d'aimer Dieu et son prochain comme soi-même. D'autres religions, non chrétiennes, enseignent aussi l'harmonie et la paix, mais leur efficacité est limitée : elles sont un reflet de la Lumière ; mais la source de la Vérité, la Vraie Lumière, c'est Jésus-Christ qui est venu sur terre pour Révéler la Bonne Nouvelle de sa Paix. Quel est le sens du mal "de la nature"... La Bible nous enseigne que la nature a été créée imparfaite, pour que les hommes puissent co-opérer à son perfectionnement. La nature n'est ni bonne ni mauvaise ; elle est neutre. Par exemple, le feu : il éclaire, il réchauffe et il cuit les aliments, mais aussi il brûle et détruit. On peut réfléchir de la même manière à propos des catastrophes naturelles, par exemple : la mer, qui est riche pour nourrir les hommes, mais elle fait aussi des tempêtes et des raz-de-marée...

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Quel est le sens de la souffrance ? Ceci est ce qu'on appelle un mystère, car nous ne savons pas. D'ailleurs, Jésus, dans l'Évangile, n'en parle nulle part. Mais soulager la souffrance à chaque occasion, ça il savait faire ! Et puis lui-même a souffert sa Passion. Pourtant il avait prié pour que cela lui soit, si possible, épargné. Mais sa prière se terminait, en d'adressant à son Père : "Non pas comme je veux, mais comme tu veux !" (Mt 26, 39). Et il a offert sa Passion pour que nous soyons tous rachetés du péché et sauvés. Si nous sommes confrontés à la souffrance, la révolte ne sert à rien. Ce qui est utile, c'est de l'offrir à Dieu, en union confiante avec la Passion du Christ. Selon les aumôniers d'hôpitaux, face au malade qui souffre, il faut porter sur lui le regard du Christ. Seul vaut d'abord le silence. C'est au malade de le rompre selon son désir. Ce silence est un "cadeau précieux de l'amour qui patiente." Quel est le sens de la mort ? Là aussi se trouve le mystère, que nos intelligences sont trop limitées pour comprendre. Pour bien saisir l'impossibilité dans laquelle peut se trouver la raison humaine d'expliquer clairement un "mystère", l'exemple suivant a souvent été utilisé : si on plante une pomme, elle pourra devenir un pommier ; c'est vrai ; alors, imaginez un homme qui n'a jamais vu ni arbre ni pommier, et entreprenez de lui décrire ce bel arbre, simplement à partir d'une pomme que vous lui montrez sur la paume de votre main... La mort d'une personne âgée ("rassasiée de jours" dit la Bible), passe encore ! on dit que c'est naturel ; et pourtant, l'entourage aimant dit souvent : - « on l'aurait bien gardé encore un peu...». Mais la mort de quelqu'un de jeune, la mort d'un enfant, comment supporter ? Parfois on "improvise" une tentative d'explication du genre : c'est sans doute pour lui éviter quelque chose de bien plus terrible. Ou alors, à la manière des sagesses de l'Orient, on dit : sa vie s'est terminée là parce que sa mission sur terre était accomplie. Là aussi Sagesse de Dieu. Qui sommes-nous pour savoir, et exiger de comprendre ? La routine populaire dit : "c'est la vie...". Eh oui ! c'est comme pour les maladies, les accidents et les catastrophes... c'est la nature. Parfois aidée par les bêtises des hommes, il faut bien le dire aussi ! (exemple, hélas ! de villes entières bâties sur des terrains inondables et protégées par des digues dont on sait pourtant bien que les ouragans peuvent les détruire.) Sur le suicide : on a trop vu, dans les hôpitaux, de "TS" (Tentatives de Suicide), et par exemple de personnes qui se sont parfois même jetés d'un septième étage (cela s'est vu, mais ils ont rebondi sur le toit d'une voiture !), tout cassés mais vivants, pour savoir que ce n'est pas à l'homme de décider de l'heure de sa mort. Qui sait pour quelle minute de notre vie nous avons été créés ? Nous avons reçu le cadeau de la vie sans l'avoir demandé ; ce n'est pas à nous de décider à quel moment il faudra le rendre. Et, inversement, le Christ nous suggère qu'en vérité il n'y a pas là un problème qui soit en notre pouvoir de résoudre : (Lc 12, 25) "Qui d'entre-vous peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence ?". Face à la perspective de sa mort, on ne devrait avoir rien à modifier du cours de sa vie. C'est ce que répondit, enfant, saint Louis de Gonzague, enfant, à son précepteur lui demandant, lors d'une récréation, ce qu'il ferait si on lui annonçait la fin du monde pour dans un quant d'heure : - « Je continuerais à jouer du ballon ! » Sur les "transcendantaux" : L'ennemi du Beau c'est la laideur. Préférer la courtoisie du beau geste ; et l'élégance plutôt que le négligé et la servilité du "comme tout le monde", qui semble avoir comme uniforme : T-shirt, blue-jean et casquette de baseball. Chacun sa personnalité, et sans honte à avoir de ne pas être "comme les autres" ! L'ennemi du Bien c'est le mal et il est aussi en nous : par l'égoïsme et surtout par l'orgueil. L'ennemi du Vrai c'est le mensonge sous toutes ses formes.

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5.7. Exemples d'action concrète On connaît la réponse d'un Chrétien à un incroyant, qui lui montrait un homme pendu par les Nazis dans un camp de concentration, en lui demandant : - « C'est tellement injuste... alors, dis-moi maintenant... Où est-il, ton Dieu ? » Le Chrétien répondit, en montrant l'homme pendu, image de Jésus crucifié par la méchanceté des hommes : - « Là ! » On sait que l'Enfer est là où Dieu n'est pas. La Foi, la confiance absolue en Dieu, nous aide à ne pas reculer, à faire face, à offrir, à consoler, souvent dans un simple silence, au côté de quelqu'un qui souffre. 5.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le cinquième article du Code de la Chevalerie :

Article 5 : Tu ne reculeras jamais devant l'ennemi.

5.9. Explications complémentaires. Nos prédécesseurs en chevalerie avaient la volonté de s'efforcer de vivre "sans tache ni macule". C'était leur "honneur", la très grande idée qu'ils avaient de leur dignité de fils et de filles de Dieu. Reculer devant l'ennemi, c'était la honte et l'opprobre assurés. "Collaborer" avec l'ennemi, pour survivre, aussi. 5.10. Limites et sauvegarde A l'exemple du Christ, on a bien le droit de prier, de demander d'être épargné, et ne pas rencontrer d'ennemi ! Mais Dieu sait bien mieux que nous ce qui est bon pour nous. Avant même qu'on exprime nos demandes, il les connaît déjà ! Et Il répond toujours, de manière appropriée. Et Jésus, tenté au désert, renvoie le Démon à ses ténèbres en lui disant : (Mt 4, 7) : - "Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu". 5.11. Armement : se préparer, être prêt Alors il faut être prêt. "Sans peur et sans reproche" était la devise du chevalier Bayard, lui qui adouba un roi ( François 1er, sur le champ de bataille de Marignan, en 1515). Ne pas se laisser surprendre. Savoir, dans les difficultés ou les revers de fortune, se souvenir des moments heureux. Et penser, dans les moments heureux, qu'il y aura des jours plus difficiles. Saint Paul (Ph 4, 12) montre l'exemple : "Je sais vivre dans la gêne, je sais vivre dans l'abondance..." Savoir prier le Notre Père "...que ta volonté soit faite", bien avant l'épreuve, afin d'être en mesure d'accepter et d'être prêt à offrir sa souffrance, pour qu'elle ne soit pas inutile. 5.12. Applications possibles Au plan religieux : l'ennemi est le Démon, le tentateur et le diviseur, qui essaie de nous embobiner dans ses mensonges. La réponse de saint Paul (Ph 1, 21-22 ) est claire, toute d'ouverture et de disponibilité : "Pour moi, vivre, c'est Christ, et mourir m'est un gain. Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir..." Au plan de la charité : notre ennemi privilégié est la souffrance des plus déshérités, pauvres et malades. Au plan de l'unité des Chrétiens : ne jamais considérer un autre Chrétien comme un ennemi.

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6 - Faut-il défendre la Foi ?

6.1. A quelle question l'Article 6 veut répondre De nos jours, la question se pose : faut-il défendre la Foi chrétienne. Et si oui, comment ? 6.2. Les mauvaises réponses Ce seraient des réponses du relativisme : "toutes les religions et toutes les opinions se valent". Donc il n'y aurait pas lieu de défendre telle ou telle croyance plus qu'une autre. Ou alors du genre nihiliste ; religions glacées de la nature ou du cosmos, dures parce que, complètement aveugles et dépersonnalisées, elles ignorent tout de Dieu, de l'âme humaine et de la Révélation évangélique. Ou bien, enfin, attrait mortifère pour le "rien après la vie"..." Et si le ciel était vide ?..." demande une chanson récente, et singulièrement délétère... Quoi de plus dramatiquement faux et terriblement désespérant que cette course vers le néant ! 6.3. Le principe de la réponse La Vérité existe ou n'existe pas. Et si elle existe, il faut la chercher, et puis la défendre contre ce qui est faux, contre ce qui n'est pas Vrai. Or, le Chrétien sait que la Vérité existe, parce qu'il croit en Jésus-Christ et en la Révélation de son enseignement. Il a la Foi, reçue de Dieu par la Grâce de son Baptême. L'attitude chevaleresque, qui se considère comme vassale de Dieu, suprême Suzerain, doit donc combattre pour la Foi. Dieu a des droits, et ces droits sont sacrés : droit d'être connu, d'être aimé et d'être servi. 6.4. Les contraires du principe Ce serait prétendre qu'il n'y a pas de Dieu n'(ce que, d'ailleurs, personne n'a jamais pu prouver, et pour cause !), et qu'il n'y a pas de Vérité, et que donc il n'y a rien à chercher ni rien à défendre ou pour qui ou quoi combattre. N'avoir pas besoin de conversion, parce qu'on s'imagine ne pas avoir besoin d'être "sauvé", et qu'on a décidé d'être de ceux qui "regardent sans regarder et entendent sans entendre ni comprendre (Mt 13, 13). Tout au long de l'Évangile, il est bien clair que le Christ n'est pas venu pour les "justes" tout fiers de baigner dans l'autosatisfaction, mais pour ceux et celles qui se reconnaissent humblement devant Dieu comme des pécheurs. 6.5. Idéal et réalités Bien sûr, personne, les Chrétiens pas plus que les autres, ne "possède" la Vérité toute entière, sauf le Christ, qui EST la Vérité. Il est, et Lui seul, comme un phare qui nous éclaire, si on veut bien le chercher et le trouver. (cf. extrait de l'Ancien Testament : le Psaume 62 en Annexe III : "Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube...") C'est la Vérité qui nous possède, puisque la Foi nous donne une confiance absolue en Dieu et que nous sommes à Lui : nous lui appartenons. 6.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Le Christ est souvent considéré comme le Phare des Chrétiens. Cette image utilisée du Christ-phare est double : C'est, d'une part, la Lumière qui indique la présence d'un récif, d'un danger à éviter. L'écueil du péché, qui est rupture volontaire d'avec Dieu et le Beau, le Bien et le Vrai qu'il nous propose

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Et c'est, d'autre part, la Lumière qui signale l'entrée du Port, où on trouvera bonheur et repos en la présence de Dieu : là où on le verra, face à face, et on pourra vivre de Sa Vie d'Amour, pour toujours. 6.7. Exemples d'action concrète Savoir dire ­ "Non !" à un monde qui ne veut pas tenir compte que Dieu EST et qu'il nous aime. Il suffit d'allumer un poste de télévision pour se rendre compte de l'évidente absence de Dieu dans une majorité écrasante des émissions diffusées. Refuser le conformisme, qui s'avère, selon une formule célèbre, "épuisant à atteindre et décevant à vivre". Pas de fausse pudeur ! Affirmer tranquillement (et avec le sourire !) qu'on est croyant ! Ce "culot"-là interloque et fait réfléchir... Refuser l'indifférentisme ou le relativisme, qui mettent toutes les religions à égalité, c'est déjà combattre POUR la Foi chrétienne. Bien se rendre compte que notre religion, comme l'expriment si bien des philosophes chrétiens, est "un repère dans un monde déboussolé, un refuge qui dégage un espace de liberté". Refuser, bien sûr, le nihilisme, le laisser aller au néant d'une vie vécue sans Dieu. 6.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le sixième article du Code de la Chevalerie :

Article 6 : Tu combattras pour la Foi Chrétienne.

6.9. Explications complémentaires. On peut constater que les gens qui se comportent comme des agnostiques ­ curieux mot pour désigner des personnes qui s'expriment sur un sujet qu'ils affirment ne pas connaître ­ et autres athées, qui adorent tout sauf Dieu : l'argent, le pouvoir etc. "J'adoooore ce gâteau !"; "Cet ami est adoraaaable !" ­ nient généralement une fausse conception de Dieu : - " Si Dieu existait, il ne permettrait pas ... ceci ... ou cela...". Si c'est d'un tel dieu qu'il s'agit, qui ôterait toute liberté et responsabilité aux hommes, et qui interviendrait, comme un tyran, à tout propos dans leur vie, ils ont bien raison. Ce dieu là, en effet, n'existe pas. La réalité est toute autre. Les adversaires et les ennemis de la Foi y sont souvent farouchement hostiles parce qu'elle les gêne. La Foi les gène, par exemple, en montrant clairement qu'il faut se conformer à la Justice, critère pris de l'Évangile, maîtriser ses instincts, et se préparer à paraître un jour devant son Créateur, où on sera jugé sur l'Amour, puisque aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même sont les deux grands commandements de la Foi (cf. Mt 22, 37-39). Cela les gêne énormément. Alors ils nient. Ils font table rase de l'énorme apport de l'Église chrétienne à notre civilisation ­ juste un exemple : imaginez que durant la nuit, par un tour de passe-passe, on supprime de la terre européenne toutes les cathédrales, toutes les églises, les monastères, les chapelles et les calvaires... Que resterait-il de l'identité européenne ?! Et l'hostilité envers le christianisme s'exacerbe en un laïcisme ringard où la mauvaise foi le dispute à la malhonnêteté. Et, pour penser à autre chose, on essaie d'occuper sa vie en passent le temps dans l'indigente futilité du "divertissement", selon la célèbre formule de Pascal.

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Autre constatation : certains trouvent commode de faire semblant de toujours confondre "spiritualité" ou "religion" chrétiennes avec des hommes ou des femmes dits "chrétiens ­ et seulement ­ du dimanche" et qui sont, par définition imparfaits. Mais c'est injuste et malhonnête de toujours parler de quelques cas de "contre-exemples" en omettant l'immense foule de ceux qui nous ont montré de bons chemins de vraie vie chrétienne. Procurez-vous une "Vie des saints" et vous verrez ! Et puis : mère Teresa, Jean-Paul II, soeur Emmanuelle, le père Gilbert... regardez un peu autour de vous ! Ils sont innombrables, ceux qui veulent vivre et agir conformément à l'Évangile... consciemment ou non ! Et puis il y en a d'autres qui prétendent aussi que des guerres, des massacres et des tortures ont eu lieu "au nom de Dieu et de la Foi". C'est vrai qu'il y a eu des "dérapages" et des bavures, mais que l'Église n'approuve pas ! Et les mêmes détracteurs évitent soigneusement d'évoquer les dizaines et les dizaines de millions de martyrs chrétiens, torturés, massacrés et tués par les régimes de dictature tels que le nazisme et surtout (en quantité impossible à dénombrer, tellement il y en a eu... et cela continue encore aujourd'hui) le communisme et les totalitarismes qui en sont issus. Encore une fois : le critère vrai d'une vie vraiment chrétienne et spécialement, parce que hautement et publiquement revendiquée, de la vie chevaleresque, c'est une vie le plus possible en conformité avec l'Évangile. 6.10. Limites et sauvegarde Mais, le soir, en examinant sa conscience, nous savons bien que nous ne sommes pas parfaits, loin de là. Lucidement, nous nous reconnaissons pécheurs. Et nous voulons et prions pour que demain nous soyons un peu moins mauvais. Bon à savoir : il n'y a pas de si grand péché qu'il soit impossible à Dieu de le pardonner. Dès lors qu'on se repend, on est pardonné par Son infinie Miséricorde. Le Christ l'a dit : (Mt 18, 22) ... jusqu'à soixante-dix fois sept fois ...! Il n'est jamais trop tard ! C'est comme cela que l'on sait que tous les hommes et les femmes sont appelés à être sauvés par l'Incarnation, la Passion et la Résurrection du Christ Seigneur. Notre Seigneur. Dans ce combat pour la Foi, c'est une affaire d'Alliance entre Dieu et nous. Et grâce au Christ, nous sommes sûrs de la victoire finale ! 6.11. Armement : se préparer, être prêt Si on veut être capable de combattre pour la Foi, il faut la connaître le mieux qu'il nous est possible, par l'Évangile et par l'enseignement de l'Église. Et par la prière. A signaler : la seule prière enseignée directement par le Christ à ses Apôtres, et à leur demande, et pour cela traditionnellement appelée l'Oraison dominicale, c'est le Notre Père (Mt 6, 9-13). Pour prier, le Notre Père est nécessaire et suffisant; il n'est que de méditer chaque verset, chaque mot (cf Annexe II) Toute autre prière, sans être inutile, à condition, selon St Augustin, qu'elle ne s'écarte pas trop des formulations du Notre Père, n'est que glose, développement, ou commentaire, inspirés par la vie poétique, spirituelle ou mystique de tout un chacun qui en éprouve le besoin ou le désir. C'est très bien, mais dire que le Notre Père est nécessaire et suffisant, c'est dire qu'en chevalerie, notre prière ne cherche pas de complications, et ne souhaite pas s'égarer en trop de subtilités et raffinements spirituels.

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6.12. Applications possibles Au plan religieux : On ne combat plus avec des lances et des épées. Mais avec le témoignage de toute notre vie et avec la parole orale ou écrite, soit par la discussion amicale, soit parfois avec véhémence pour résister aux tentatives d'intimidation. Au plan de la charité : lorsque nous sommes au chevet de quelqu'un qui souffre, nous savons deux choses : que pour nous, c'est le Christ que nous visitons et que pour le malade, nous sommes le Christ qui vient le visiter. Au plan de l'unité des Chrétiens : le combat pour la Foi est pratiqué selon la libre expression de chacun(e), dans le respect des différences. Mais que c'est grande tristesse de voir des Chrétiens se disputer entre eux ! L'Histoire est malheureusement parcourue de tant de batailles meurtrières "au nom de Dieu"... Il faut que cela cesse ! On peut actuellement espérer que ce péché contre Dieu et les hommes est presque éradiqué chez les Chrétiens. Mais, chez les Musulmans, tant que les responsables religieux n'enseigneront pas à leurs fidèles que le terrorisme armé mène droit, non pas au Paradis, mais en Enfer, on sera en droit de les considérer comme complices de ces crimes.

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7 ­ L'amour de la vérité et l'honneur de la parole.

7.1. A quelle question l'Article 7 veut répondre Une personne qui vit dans l'esprit chevaleresque peut-elle mentir ? Et peut-elle manquer à sa parole ? 7.2. Les mauvaises réponses Celles qu'on entend le plus souvent : - "ce n'est pas grave de mentir, si on ne se fait pas prendre !" - "ce n'est pas grave de mentir, pour se débarrasser momentanément d'un souci." - "si je fixe un rendez-vous, je peux faire faux bond ou arriver en retard sans demander des excuses, cela n'a pas d'importance." - "je peux donner ma parole d'honneur, mais si j'en ai besoin, je la reprends !". 7.3. Le principe de la réponse En esprit chevaleresque, mentir est proprement impossible. Ce que l'on dit doit nécessairement être vrai. Le dernier recours pouvant être éventuellement, tout simplement, de ne pas ou de ne rien dire. Quand on promet, on a scrupule de tenir, par courtoisie, par respect. Et la honte absolue, la félonie, serait de manquer à sa parole, ne pas l'avoir tenue ou de la brader, comme une chose sans valeur. Donc : ne jamais, au grand jamais, engager sa parole pour des futilités. 7.4. Les contraires du principe Dans toutes les civilisation, il y a eu, il y a, et on espère qu'il il y aura toujours des caractères nobles et chevaleresques. Mais dans toutes les civilisations, y compris la nôtre, il y a des gens qui instituent le mensonge en valeur très positive, selon diverses conceptions philosophiques ou religieuses. La ruse et la tromperie sont alors considérées comme des qualités, en particulier dans l'art de la guerre et des alliances, et puis aussi dans les échanges commerciaux. De tels principes sont incompatibles avec les valeurs chevaleresques. Dans ce cas, autant dire que la parole de ces personnes ne vaut pas cher. Il ne faut pas trop y compter ! On peut être chevaleresque sans être naïf ! 7.5. Idéal et réalités L'idéal c'est de ne dire que la vérité. Mais il y a ce qu'on appelle les mensonges pieux. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est parfois admissible, dans une intention charitable, pour des questions sans gravité, pour éviter de blesser ou de faire de la peine à quelqu'un. ais ce "moindre mal" restera toujours un mal et ne sera jamais constitutif du Bien. Si l'on se marie, l'idéal est de tenir sa parole, et de rester fidèle "tout au long de sa vie", par respect de soi, de l'autre, de la parole engagée. Mais il peut arriver qu'on soit contraint, contre son gré, à la séparation ou au divorce ; en ce cas, envisager de donner à nouveau sa parole pour une deuxième union suppose que la première est considérée comme réellement annulable sinon annulée. 7.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter L'orgueil est une forme très répandue du mensonge. Parce qu'on n'est fier, souvent, que de ce que, pourtant, on ne s'est contenté que de recevoir : réussite, capacité de travail, santé, force, intelligence, pouvoir...

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Jésus répond à Pilate qui lui dit qu'il peut, s'il veut, le faire tuer (Jn 19, 11) "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut." 7.7. Exemples d'action concrète Quand on vit dans l'esprit chevaleresque, l'idée même de dire quelque chose de faux est impensable. On cite cet exemple d'un élève de l'Ecole des Pages du Tsar Paul 1er de Russie, école où s'enseignait le Code de la chevalerie. Cet élève s'entendit accusé par l'un de ses maîtres d'avoir menti ; l'élève se leva, livide sous l'insulte, et dit - « C'est impossible, Monsieur, puisque je suis Page de Sa Majesté !» 7.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le septième article du Code de la Chevalerie :

Article 7 : Tu ne diras que la vérité et resteras fidèle à ta parole.

7.9. Explications complémentaires. Dans cet article, il y a de toute évidence une prudente précaution. Ainsi que précisé ci-dessus (7.5.) : il est prescrit qu'on ne doit dire que la vérité ; c'est-à-dire que si l'on dit quelque chose, il est impératif que cela soit vrai. Mais il n'est pas imposé à l'honneur chevaleresque de toujours devoir tout dire ! 7.10. Limites et sauvegarde Les limites sont posées par des "cas de conscience" : exemple plus d'une fois vécu : la police nazie recherche des résistants cachés dans un village ; elle se fait ouvrir une maison, dont le propriétaire leur dit qu'il ne cache personne chez lui ; or les résistants sont là et il les sait bien cachés ! La clé de cette histoire, où le propriétaire de la maison avait bien sûr l'esprit chevaleresque, vu le risque pris, est qu'on peut mentir si l'auteur de la question n'est pas digne de recevoir la vérité. Affaire de conscience ; c'est la théorie du "dictamen" de la conscience". Si on n'est pas en accord avec sa conscience, on a "tout faux !" Et là aussi, c'est l'esprit de l'Évangile qui prime. Il y a, dans l'Évangile, un passage (Jn 7, 8-10) où il est raconté que des gens, pourtant de sa parenté, qui voulaient du mal à Jésus, lui demandent s'il ira à Jérusalem pour la Pâque. Jésus répond que non, il n'ira pas. Et le lendemain il part quand même pour Jérusalem ! Mystère ?! Non ; on ne peut pas dire que Jésus ait changé d'avis car il savait très bien ce qu'il ferait, simplement il a estimé que ces gens, n'étaient pas dignes d'une réponse vraie.

7.11. Armement : se préparer, être prêt Il faut bannir de sa vie tous les petits mensonges soi-disant anodins. Voici une leçon qui a été donnée par un saint, religieux, à un de ses confrères durant un moment de détente : ce saint avait la réputation d'être très naïf parce qu'il croyait tout ce qu'on lui disait ; en se penchant par la fenêtre un frère du couvent, par mode de plaisanterie, s'exclama - « Tu as vu ? il y a un boeuf qui vole tout là haut dans le ciel ! ». Aussitôt le saint accourut pour regarder ; et tout le monde de s'esclaffer et de se moquer de sa naïveté. Et lui, répondit simplement : « Je ne croyais pas qu'un Frère fût capable de mentir !» Cela peut être difficile, et parfois très courageux, de tenir sa parole. Mais il faut "tenir" : il y va de son honneur, de sa propre dignité. Aussi il faut être prudent et ne pas donner sa parole "à la légère".

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7.12 Applications possibles Aux plans religieux, les engagements pris sont l'expression de notre liberté agissante. Il est donc vital de rester fidèle à ces engagements, pourvu qu'ils aient été pris de manière valide : baptême, confirmation, mariage, voeux religieux... sacramental de la réception chevaleresque. Au plan de la charité, trahir la confiance et tromper sont fautifs ; promettre sans intention de tenir, aussi. Et tout le monde devrait savoir que la ponctualité est "le devoir des honnêtes gens et la politesse des rois". Au plan de l'unité des Chrétiens, la sincérité du désir de l'unité, dans le respect de l'expression de la foi de chacun, doit être réelle.

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8 ­ L'attitude envers les autres.

8.1. A quelle question l'Article 8 veut répondre Il s'agit de savoir quelle est l'attitude générale envers autrui de quelqu'un(e) qui a le comportement chevaleresque. 8.2. Les mauvaises réponses Ce seraient celles qui, par la morgue d'un élitisme de pouvoir hautain, traduiraient un repli sur soi, une fermeture aux autres, en se drapant dans un orgueil tenant les autres à distance, ou en les ignorant et faire comme s'ils étaient transparents ou quantité négligeable. Traiter les autres comme des "individus" et non comme des personnes. 8.3. Le principe de la réponse L'esprit chevaleresque est généreux et charitable. Parce que le prochain est l'image du Christ. (Mt 25, 40 : "chaque fois que vous l'avez fait [du bien] à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !" 8.4. Les contraires du principe Ce serait toute attitude qui manquerait à la générosité ou à la charité. Ce serait le "chacun pour soi !", oublier que "tout ce qui n'est pas donné est perdu !" Ce serait l'avarice, bien sûr, à commencer par celle du coeur, qui ne veut ni rien donner ni rien recevoir. Ce serait passer à côté d'une souffrance visible sans vouloir ni la regarder ni l'écouter ; le début de la parabole "du Bon Samaritain" est à ce sujet très explicite (Lc 10, 31-32) 8.5. Idéal et réalités Etre généreux et charitable n'est pas seulement une question d'argent et de temps. C'est une disposition du coeur. Mais en réalité, on n'est jamais assez attentif : on peut regarder mais on ne sait pas voir qui, quand, comment donner généreusement un peu d'aide, un peu de réconfort, ne serait-ce que par un sourire à quelqu'un croisé sur son chemin et visiblement désemparé. 8.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Faut-il donner une pièce de monnaie à quelqu'un qui vous tend la main ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ? L'un des cinq piliers de l'Islam, c'est l'Aumône. L'Islam n'a rien inventé. La Bible dit déjà de faire attention au mendiant car c'est, peut-être, un ange qui passe. Et Jésus, et ses Apôtres aussi, ont beaucoup pratiqué l'aumône. Mais pas en argent. Ils guérissaient. Être capable d'oser. Exemple de Joseph d'Arimathée (Mt 27, 57), prototype du vrai chevalier, qui a eu le courage d'aller réclamer le corps de Jésus crucifié, pour l'ensevelir ; personne d'autre n'a osé. 8.7. Exemples d'action concrète Une bonne habitude à prendre ­ et ce n'est pas facile ni naturel pour tout le monde ­ c'est de regarder les gens droit dans les yeux, avec ce léger pli dans la paupière inférieure, qui signifie, silencieusement : tu as de l'importance pour moi, tu m'es précieux, je suis heureux de te voir... merci d'exister. Partager la Force de notre Foi et de notre confiance en Jésus Seigneur.

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S'efforcer de pardonner (c'est parfois difficile de dire le Notre Père ...pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons...) Toujours chercher le "coin de ciel bleu" dans l'âme de celui qui ne se comporte pas bien ; savoir lui faire comprendre : - "tu vaux mieux que cela" (ce que tu dis, ce que tu fais...) Savoir que "toute lettre mérite réponse". Céder sa place dans le bus, tenir une porte. En conduisant un véhicule, donner priorité à la courtoisie, sans forcément exiger l'exercice d'un "droit" hargneusement revendiqué. Avec le sourire, sans fierté, avec honneur, faire son devoir. 8.8. Énoncé de l'article c'est ainsi qu'est donc rédigé le huitième article du Code de la Chevalerie :

Article 8 : Tu seras généreux et charitable envers ton prochain.

8.9. Explications complémentaires. Le sens du service : être toujours prêt à servir. La générosité c'est aussi garder le goût de l'aventure et du partage. Le sens de l'humain, de la dignité humaine. Avoir la charité de la patience ; Dieu n'est-il pas infiniment patient avec nous ? 8.10. Limites et sauvegarde Jésus loue une pauvre veuve qui cotise au trésor du temple en donnant ce qui lui est nécessaire pour vivre (Lc 21, 1-4). Mais on a vu des gens de bonne réputation se ruiner la santé par excès de charité. Plus d'un saint est "mort d'épuisement". Générosité n'est pas prodigalité irresponsable. On a vu des "âmes chevaleresques", après avoir tout dépensé pour les pauvres, jeter leur famille et leurs enfants à la rue, par leur excès de générosité. Dans l'un et l'autre cas, devrait-on être "généreux" avec son trop plein, son superflu, et non avec le capital qui entretient les moyens, capital qu'on a reçu et qui permet de continuer? 8.11. Armement : se préparer, être prêt Quoi qu'il en soit, c'est bien d'un comportement général de générosité du coeur qu'il s'agit. 8.12. Applications possibles Au plan religieux : traditionnellement, l'habitude doit être bien enracinée de la générosité de la prière quotidienne les uns pour les autres. Pour que Dieu leur donne Lumière et Force. (Ph 4, 13 : "Je peux tout en Celui qui me rend fort"). Pour les proches, la famille et tous ceux que l'on côtoiera dans la journée. Alors le regard porté sur eux sera différent. Ce regard sera loin de l'indifférence. Au plan de la charité : de la même façon : prière quotidienne pour toutes les personnes souffrantes, et pour ceux qui les soignent, professionnels et bénévoles. Au plan de l'unité des Chrétiens : générosité d'une prière quotidienne pour l'Unité des Chrétiens. C'est une exemplaire astreinte, qui donne accès à un "Monastère invisible", dont font aussi partie de rares communautés plus... visibles, comme celle de Taizé et tant d'autres...

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9 ­ Attitude générale pour le Bien et la Justice.

9.1. A quelle question l'Article de Conclusion générale veut répondre Il s'agit de résumer en très peu de mots, l'essence même du Code de la chevalerie 9.2. Les mauvaises réponses L'esprit chevaleresque n'est pas un joli vernis ; ce n'est pas obtenir une belle médaille, un diplôme, un parchemin. Ce n'est pas non plus jouer avec la magie ni la sorcellerie. Ce n'est pas une soi-disant connaissance ésotérique et secrète réservée à de rares "élus". Ce n'est pas des légendes, ni du rêve ni du virtuel. 9.3. Le principe de la réponse Tout ce qui est pour le Bien et la Justice intéresse la chevalerie agissante, non de temps en temps, par moments ou en certaines circonstances, mais toujours et partout. Même si l'idéal absolu est du domaine de l'imaginaire et de la seule Espérance. 9.4. Les contraires du principe Ce serait de laisser, sous nos yeux, commettre le mal et l'iniquité (l'injustice grave) sans réagir. 9.5. Idéal et réalités Avoir le comportement chevaleresque c'est afficher un parti pris pour le Bien et la Justice. Mais en passant du rêve au concret, et du virtuel au réel. Et, partent du réel, progresser vers la virtuosité. 9.6. Quelques pistes pour réfléchir et discuter Pour être en harmonie avec les valeurs essentielles du respect du Bien et de la Justice, il n'est pas déplacé de parler ici de questions pour lesquelles l'éthique de l'Église irrite beaucoup de monde, y compris, malheureusement, parfois parmi des gens qui se disent Chrétiens. L'Église n'est pas obsédée par les questions de sexualité. Mais elle est très attentive à ce qui concerne l'Amour. Et l'Église ne peut dire que la Vérité ; elle ne peut donc pas s'aligner sur ce qui est faux. On l'a vu en commentant l'article 2 du Code ("Tu défendras l'Église chrétienne"), l'Église ne peut pas approuver le vagabondage sexuel, qui consomme les corps comme des objets, ou pour de l'argent (même si c'est un "moindre mal", Elle ne sera jamais heureuse et fière d'un homme qui "va aux putes")! Elle ne peut pas non plus applaudir au commerce de la pornographie. Peut-être, dans le secret des consciences, elle pourrait admettre que des fiancés qui, en tout honneur de la parole mutuellement donnée, ont l'intention de fonder une famille, puissent pousser le flirt un peu loin... si le projet est bien et certainement de construire une alliance établie sur la base des valeurs chrétiennes. Mais mieux serait quand même de se souvenir qu'on a à sa disposition la prière à Dieu et, si on le veut, la prière d'intercession à son saint patron, à son Ange gardien, à Notre-Dame, et à saint Georges, patron des chevaliers... comme dans tous les cas difficiles et d'épreuve. L'idéal chevaleresque restera toujours de maîtriser la puissance d'amour, par la chasteté du respect de soi et de l'autre. L'Église sait que l'homme est naturellement fait pour la femme et la femme pour l'homme, selon une fonction érotique qui est destinée à fonder une famille dans l'épanouissement complet d'un amour partagé.

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Mais elle ne peut approuver aucune déviation de cette fonction. L'histoire des rapports entre Dieu et les hommes dans la Bible montre partout que les pratiques "contrenature" sont ainsi très bien nommées. Et il n'est que de relire les écrits de l'apôtre Paul (Rm 1, 26-28) pour comprendre que l'esprit chevaleresque, y compris dans l' "amour courtois", ne peut concevoir des pratiques contre-nature, sinon en gardant bien conscience qu'il s'agit d'un péché grave, que la littérature des siècles passés se refusait même à nommer. Pourtant l'Église sait, et partage, dans la prière, la souffrance que provoque, chez une âme indécise et tourmentée, l'incertitude qu'elle pourrait avoir quant à son caractère sexué. 9.7. Exemples d'action concrète Apprendre à se maîtriser ; devenir le seigneur de soi-même en cherchant sa propre amélioration. Cultiver la vertu de Force et le courage. On prête à un grand seigneur du XVIIIème siècle d'avoir demandé à son valet de chambre, en écartant les rideaux le matin, pour le réveiller et l'inciter au courage, de s'adresser à lui en disant:

- « Levez-vous, Monseigneur, vous avez de grandes choses à faire. »

En chevalerie, tout est aventure, tout est passion. 9.8. Énoncé de l'article final c'est ainsi qu'est donc rédigé l'article conclusif du Code de la Chevalerie :

Toujours et en tout lieu, tu agiras en défenseur du Bien et de la Justice contre le mal et l'iniquité.

9.9. Explications complémentaires. Le Bien c'est ce que Dieu désire et nous demande. La Justice c'est faire la volonté de Dieu, toujours selon les critères de l'enseignement de l'Évangile. 9.10 Limites et sauvegarde Le prix à payer pourra être une impression d'isolement car on est parfois "mis à part" : la chevalerie est plus souvent admirée qu'imitée ! Mais cette impression est compensée par la joie de partager le même Code avec des personnes qu'on connaît, et aussi avec des gens que l'on peut rencontrer au hasard de la vie, et qui suivent soit très consciemment, soit instinctivement les mêmes règles : on les repère tout de suite. On dit d'eux qu'ils ont tous "la tentation du mépris et le goût de servir"... Et vous devrez affronter les deux dangereux penchants naturels de la chevalerie : l'orgueil et la colère. L'orgueil parce que vous prendrez conscience que vous êtes une minorité rare et assurée de sa valeur. La colère, parce que le monde, et l'esprit du monde seront très facilement en contradiction avec ce qui, pour vous, est sacré. Il n'est pas toujours facile d'être en paix, avec soi, avec les autres, avec Dieu. Il faut, pour cela faire tous les efforts possibles, avec l'aide de la grâce de Dieu, pour effacer tout orgueil et toute colère de sa vie. Pourtant, il ne faut pas oublier qu'il peut y avoir parfois nécessité d'une "sainte colère" et que l'image la plus célèbre du Jésus-Christ chevalier, est montrée dans l'épisode de l'Evangile (Jn 2, 13-16) où Jésus chasse les marchands du Temple à coups de fouet. 9.11. Armement : se préparer, être prêt C'est comme pour un musicien ou un sportif de haut niveau : il faut s'exercer tout le temps, systématiquement, par la vigilance permanente qui détecte les comportements à soutenir et ceux qui sont à éviter.

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Et prier tous les jours, qu'on en ait envie ou pas, comme un pianiste fait ses gammes, sans se demander si, aujourd'hui, il les fera ou pas... La médiocrité ne peut être un but ! 9.12. Applications possibles Au plan religieux : il peut arriver qu'une âme d'esprit chevaleresque éprouve un sentiment de solitude, ne serait-ce que par l'incompréhension d'un monde qui la rejette et qu'elle rejette. C'est une voie solitaire qui chemine aux frontières de l'éternité. Par la permanence de ses exigences. Ceci est bien décrit, dans son Eloge de l'ombre par J.-L. Borgès : "... " Toi, chevalier, Droite épée en l'austère Forêt, Tu vas continuer ta marche Aussi longtemps que durent les hommes, Imperturbable, imaginaire, éternel." Mais on peut chercher et trouver une Confrérie chevaleresque de pairs (où tous sont égaux), car il en existe, par exemple l'Ordre régulier de Saint-Jean (et son Corps des Cadets, pour les jeunes). La chaleur du réconfort y est partagée en fraternelle "dilection" (le sens exact de ce mot c'est : l'amour désintéressé qui veut le bien d'autrui) : ils vivent dispersés, donc leur indépendance est sauve, mais en union spirituelle. Nous pouvons ainsi transmettre nos certitudes, avec un esprit de corps, par l'émulation, l'entraide, la solidarité (qui me blesse les touche, qui les touche me blesse). On y trouve aussi les meilleurs armes pour informer les jeunes et les aider à savoir éviter les sectes manipulatrices et aliénantes, dans lesquelles on devient esclaves d'un "gourou" ou d'une idéologie. L'Évangile nous apprend autre chose ! (Jn 8, 32) : "... la vérité fera de vous des hommes libres". Par principe de respect de soi et de respect de l'autre, l'esprit chevaleresque ne peut pas être sectaire. Au plan de la charité : la recherche permanente de l'action pour le Bien et la Justice trouve amplement à se déployer dans l'exercice de l'activité bénévole caritative ou humanitaire. Mais aussi dans les multiples occasions qu'offre la vie quotidienne. Au plan de l'unité des Chrétiens : c'est aussi une consolation de savoir et de sentir que toujours et partout, notre action pour le Bien et la Justice est partagée par les Frères et Soeurs en Chevalerie de toutes confessions chrétiennes, dans le plus grand respect de la Foi de chacun. ****

Toujours et en tout lieu, tu agiras en défenseur du Bien et de la Justice contre le mal et l'iniquité.

Prenons une image : pour construire une cathédrale, il faut toutes sortes d'ouvriers : des tailleurs de pierre, des charpentiers, des maçons ... et, pendant l'édification, des chevaliers pour défendre et protéger l'Église vivante, c'est-à-dire en perpétuelle construction. Or le Christ a dit (Mt 9, 37-38) : "La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux..." Sachant que, sans chevalerie, toute civilisation s'écroule et disparaît, vous vous êtes peut-être reconnu dans cette minorité d'hommes et de femmes qui sont capables, non seulement de nommer ces valeurs chevaleresques, mais aussi de poser en conséquence les actes à imiter. Alors, osez être vous-même! Sortez de vos catacombes ! C'est par votre assurance et votre audace dans l'exemplarité de votre comportement que vous susciterez l'émulation. C'est ainsi que le Royaume avance.

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Annexe I Le Code de la Chevalerie

1. Tu croiras à l'enseignement de la Sainte Église du Christ et tu lui resteras obéissant. 2. Tu défendras l'Église chrétienne. 3. Tu respecteras les faibles et seras leur protecteur. 4. Tu aimeras ta Patrie. 5. Tu ne reculeras jamais devant l'ennemi. 6. Tu combattras pour la Foi chrétienne. 7. Tu ne diras que la vérité et resteras fidèle à ta parole. 8. Tu seras généreux et charitable envers ton prochain. Toujours et en tout lieu tu agiras en défenseur du Bien et de la Justice contre le mal et l'iniquité.

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Annexe II Le Notre Père,

appelé Oraison dominicale : la seule Prière enseignée le Seigneur (Mt 6, 9-13) Texte oecuménique, depuis le Concile Vatican II (1962-1965):

Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal. Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles ! Amen.

Le Notre Père,

Pater Noster

en latin, langue universelle et internationale de l'Église Pater noster, qui es in coelis, sanctificatur nomen tuum ; adveniat regnum tuum ; fiat voluntas tua, sicut in coelo et in terrâ. Panem nostrum quotidianum da nobis hodiè, et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem. Sed libera nos a malo. Amen.

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Annexe III Le Psaume 62

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube : mon âme à soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t'ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l'ombre de tes ailes. Mon âme s'attache à toi, ta main droite me soutient. **** De sa main, le Seigneur m'a relevé ; Il m'a sauvé, car Il m'aime. Alléluia ! (4 fois) (Antienne AR4)

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Annexe IV

Le Cantique de la création

1. Par les cieux devant toi, splendeur et majesté, Par l'infiniment grand, l'infiniment petit, Et par le firmament, ton manteau étoilé, Et par frère soleil, je veux crier : Mon Dieu, tu es grand, tu es beau, Dieu vivant, Dieu très-haut, Tu es le Dieu d'amour ! Mon Dieu, tu es grand, tu es beau, Dieu vivant, Dieu très-haut, Dieu présent en toute création. 4. Par tous les océans et par toutes les mers, Par tous les continents et par l'eau des rivières, Par le feu qui te dit comme un buisson ardent, Et par l'aile du vent, je veux crier : Par toutes les montagnes et toutes les vallées, Par l'ombre des forêts et par les fleurs des champs, Par les bourgeons des arbres et l'herbe des prairies, Par le blé en épis, je veux crier : Par tous les animaux de la terre et de l'eau, Par le chant des oiseaux, par le chant de la vie, Par l'homme que tu fis juste moins grand que toi, Et par tous ses enfants, je veux crier :

5.

6.

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ANNEXE V Toi, l'au-delà de tout

Prière en forme de poème de Grégoire de Naziance

Toi, l'au-delà de tout, comment t'appeler d'un autre nom ? Quel hymne peut te chanter ? Aucun mot ne t'exprime. Quel esprit peut te saisir ? Nulle intelligence ne te conçoit. Tout ce qui se dit de beau est sorti de toi. Tout ce qui se pense de bien est sorti de toi. Tout être qui sait lire ton univers fait monter vers toi un hymne de silence. De tous les êtres tu es la fin. Tu es unique, et tu as tous les noms. Comment t'appellerai-je, toi, le seul qu'on ne peut nommer ? Aie pitié, car c'est la seule parole que je fais monter vers toi.

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Annexe VI

Note sur l'héraldique personnelle.

Sur la couverture de ce petit livre, figure un blason vide. Cela signifie qu'il attend le dessin de celui ou de celle qui voudra exprimer ainsi l'image qu'il souhaite donner de son identité et des valeurs qu'il entend personnellement défendre, en utilisant les ressources de la symbolique de l'héraldique, qui est à la fois une science et un art. La forme de l'écu représenté ici est celui des hommes (français ancien, qui est généralement considéré comme le plus esthétique). En France, les Dames ont un écu ovale, et les Demoiselles un écu en forme de losange. Il faut seulement respecter les règles de l'héraldique, en particulier ne pas appliquer métal (or ou argent) sur métal, ni émail sur émail (les émaux, ou couleurs, sont : le gueules -qui est le rouge-, l'azur -qui est le bleu-, le sable -qui est le noir, le sinople -qui est le vert-, l'orangé, et le pourpre) ; les fourrures ­ hermine, contrehermine, vair et contre-vair ­ s'appliquent indifféremment sur ou sous un métal ou un émail. Il est fortement préconisé de se faire aider soit par un ouvrage traitant d'héraldique ­ il n'en manque pas ­ , soit par les conseils d'une personne compétente. Bien sûr, si sa famille possède déjà des armoiries, on peut les conserver, soit telles quelles, soit personnalisées par une "brisure". Contrairement à une idée assez répandue, mais fausse, les blasons ne sont pas réservés aux seules familles d'origine noble, ni aux villes, ni aux prélats. Tout un chacun y a légitimement droit, à condition de ne pas s'emparer d'un blason déjà existant et connu, surtout si ce blason est célèbre soit dans toute la France, soit dans votre Province d'origine. (n.b. : éviter aussi l'utilisation, en France, de la fleur de lis, attribut traditionnellement réservé à la Famille Royale) Ne pas être le descendant d'une illustre famille ne dispense pas de l'ambition de devenir un ancêtre !

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Pour toute correspondance : écrire à Editions Publibook, qui transmettra ou bien utiliser l'adresse de courrier électronique [email protected]

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Information

4_Initiation_au_Code_de_la_Chevalerie

39 pages

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