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Note de repère VIII : Un modèle de stabilisation macroéconomique *

Introduction

Comme il l'a été établi dans la NR VII, intitulée Ajustement, stabilisation et croissance macroéconomique ­ quelques prémisses, la politique de stabilisation macroéconomique est l'ensemble des mesures visant à réduire le déficit en ressources de la nation par le biais d'une diminution de la demande finale intérieure. Le déficit en ressources de la nation est indifféremment l'excédent des importations de produits (M) par rapport aux exportations correspondantes (E) ou l'excédent de la demande finale intérieure par rapport au PIB (Y), la demande finale intérieure, aussi dite absorption, étant elle-même la somme de la consommation privée (C), de la consommation publique (G) et de la formation brute de capital ou investissement (I), soit : M­E=C+G+I­Y avec M, E, C, G, I et Y exprimés en termes nominaux, c'est-à-dire à prix courants. Une telle politique doit en outre respecter au moins deux conditions d'équilibre, celle du marché monétaire et celle de la balance des paiements extérieurs. Un cadre opérationnel de politique de stabilisation macroéconomique a été proposé, il y a plusieurs années, par le FMI. Il a connu deux formulations. La première formulation, qui était un exercice de calcul de nature itérative, dit de programmation financière, ne retenait, à toutes fins utiles, qu'un instrument de politique macroéconomique pour réaliser l'objectif de stabilisation. Il s'agissait du crédit bancaire intérieur (IMF, 1987). La deuxième formulation a consisté en l'utilisation d'un modèle, ou système d'équations simultanées, permettant de faire appel à un instrument additionnel, à savoir le taux de change extérieur nominal (Khan, Montiel, U. Haque, 1990 : 155-164). Les premières applications économétriques du modèle à des pays en développement (PED) ont été colligées dans Khan, Montiel et U. Haque (1991). L'objet de la présente NR est de présenter la structure et le fonctionnement de ce modèle. (1)

*Économie du développement ­ Les Notes de repère du Professeur Martens (www.sceco.umontreal.ca/ecodev/)

1

Les équations structurelles de base du modèle

L'équilibre de la balance des paiements extérieurs est donné par : M ­ E = MK ­ AVN (2)

où MK : importation nette de capitaux (dons en capital, investissements directs étrangers, emprunts extérieurs du secteur non bancaire) ; AVN : accroissement des avoirs officiels extérieurs nets, dans lesquels sont comptabilisés les avoirs en devises du secteur bancaire, aussi dit solde global de la balance des paiements.

Note : par souci de simplification, l'écriture de (2) suppose qu'il n'y a pas de transferts courants nets en provenance du Reste du monde et de paiements nets de revenus de facteurs au Reste du monde. Le lecteur, qui voudrait réviser les notions de comptabilité macroéconomique sous-jacentes aux équations retenues dans la présente NR, peut consulter la NR IV, intitulée Les principales identités de la comptabilité macroéconomique.

La deuxième équation donne les contreparties de l'accroissement de l'offre de monnaie nominale (AMO) que sont AVN et l'accroissement du crédit bancaire intérieur (ACBI) : AMO = AVN + ACBI (3)

L'accroissement de la demande de monnaie nominale (AMOd) est considéré comme étant une fonction stable de l'accroissement du PIB nominal (AY) : AMOd = 1/v . AY (4)

où v est la vitesse de circulation de la monnaie et 1/v la durée de stagnation de la monnaie dans les encaisses des agents économiques.

Exemple : si v = 4, 1/v = 3 mois, soit 1 an / 4.

Y étant, par définition, égal à P . y où y est le PIB réel et P l'indice général des prix divisé par 100 : AY = AP . y (-1) + Ay . P(-1) + AP . Ay (5)

où y (-1) et P (-1) sont le PIB réel et l'indice des prix de la période précédente, ou année de base, tandis que Ay est l'accroissement du PIB réel et AP l'accroissement de l'indice des prix.

Vérification de (5) : posons P (-1) = 1,0, Y (-1) = y (-1) = 5 000, P = 1,2 et y = 5 100. Nous avons donc AP = 0,2 et Ay = 100. Introduisons les valeurs de P (-1), y (-1), AP et Ay dans (5). Nous obtenons : AY = 0,2 . 5 000 + 100 . 1,0 + 0,2 . 100 = 1 120, ce qui correspond, comme il se doit, à Y = P. y = 1,2 . 5 100 = 6 120.

L'équilibre du marché monétaire, exprimé en termes de flux, est donné par : AMO = AMOd (6)

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Les équations (2)- (6) constituent le modèle de base. Les agrégats MK, Ay, P (-1) et y (-1) sont considérés comme exogènes et, à ce stade-ci, M et E le sont aussi. Le programme de stabilisation contient deux objectifs, un objectif interne d'inflation (AP) et un objectif externe d'accroissement des avoirs officiels extérieurs nets (AVN). Toujours à ce stade-ci, le seul instrument de politique macroéconomique disponible est la variation du crédit bancaire intérieur (ACBI). Voyons cela plus en détail.

L'équilibre du marché monétaire ou la droite Mm

Par souci de simplification, réécrivons (4) : AMOd = k . AY où k ( = 1/v) est la durée de stagnation de la monnaie dans les encaisses des agents économiques. Dans le même souci de simplification, réécrivons (5) : AY = AP . y (-1) + Ay . P (-1) (5)' est en effet une bonne approximation de (5) pour AP et Ay suffisamment petits. Moyennant (4)' et (5)', l'équation de demande de monnaie nominale devient : AMOd = k . ( AP . y (-1) + Ay . P (-1)) et, compte tenu de l'équilibre du marché monétaire postulé par (6) : AVN = k . AP . y (-1) + k . Ay . P (-1) ­ ACBI (7) est l'équation monétaire de la balance des paiements. Elle nous dit que l'accroissement des avoirs officiels extérieurs nets (AVN) est la différence entre l'accroissement de la demande de monnaie nominale ((k . AP . y (-1) + k . Ay . P (-1)) et l'accroissement du crédit bancaire intérieur (ACBI), toute augmentation (diminution) de ACBI entraînant, pour un accroissement donné de la demande de monnaie nominale, une diminution (augmentation) commensurable de AVN, que cette diminution (augmentation) résulte d'une diminution (augmentation) des exportations nettes de produits ou d'une diminution (augmentation) de l'importation nette de capitaux. Illustrons cela à l'aide du graphique 1 dont l'abscisse mesure l'objectif AP et l'ordonnée l'objectif AVN. L'équation (7) est représentée par la droite Mm dont la pente est k . y (-1) et dont l'intersection à l'origine est k . Ay . P (-1) ­ ACBI. La droite Mm est ainsi le lieu géométrique de toutes les combinaisons possibles des objectifs AP et AVN, pour un niveau donné de ACBI, compte tenu de la croissance réelle de l'économie (Ay) et moyennant l'équilibre du marché monétaire. Partons, dans le graphique, du point L qui correspond, sur Mm, à AP (L) et AVN (L). Si ABCI augmente, Mm se déplace parallèlement vers le bas, disons à Mm'. Cela signifie que, pour maintenir AP = AP (L), il faut (7) (4)'' (5)' (4)'

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diminuer l'objectif posé sur AVN de AVN (L) à AVN (R). Inversement, pour maintenir AVN = AVN (L), il faut augmenter l'objectif posé sur AP de AP (L) à AP (S), en termes clairs, accepter une plus forte inflation. En revanche, si ABCI diminue, Mm se déplace parallèlement vers le haut, disons à Mm''. Dans ce cas, on peut, pour un même niveau d'inflation égal à AP (L), augmenter l'objectif posé sur AVN de AVN (L) à AVN (U). Inversement, si AVN est maintenu à AVN (L), on peut diminuer l'objectif posé sur AP de AP (L) à AP (W), ce qui signifie qu'on peut se permettre une plus faible inflation.

Graphique 1 : L'équilibre du marché monétaire ­ équation (7)

AVN

Mm''

AVN (U) AVN (L) AVN (R) k.Ay.P(-1) -ACBI W

U L

. .

F S

Mm k.y(-1) Mm'

G

R

0

AP (W)

AP (L)

AP (S)

AP

Finalement, pour un niveau donné de ACBI, tout point extérieur à la droite correspondante est un point de déséquilibre sur le marché monétaire. Prenons le cas de la situation initiale donné par Mm. Au point F, situé au-dessus de Mm, AVN > AMOd ­ ACBI, ou AVN + ACBI > AMOd, ce qui signifie que l'accroissement de l'offre de monnaie (AVN + ACBI) est supérieur à l'accroissement de la demande correspondante (AMOd). Par contre, au point G, situé au-dessous de Mm, AVN < AMOd ­ ACBI, ou AVN + ACBI < AMOd, ce qui signifie que l'accroissement de l'offre de monnaie est inférieur à l'accroissement de la demande correspondante. 4

L'équilibre de la balance des paiements ou la droite Bp

Le problème, qui se pose avec l'équation (7), est qu'une variation de ACBI, qui, nous l'avons vu, entraîne un déplacement de Mm, laisse la combinaison de AVN et de AP indéterminée. Le long de Mm', nous avons en effet, pour chaque niveau de AVN, un niveau différent de AP, bien que l'équilibre du marché monétaire soit satisfait. Il en est de même le long de Mm''. Ceci est dû au fait que nous avons deux objectifs de stabilisation (AVN et AP), mais, à ce stade-ci, un seul instrument pour les atteindre (ACBI). Une première tentative de résolution de cette indétermination est de lever l'hypothèse d'exogénéité, qui avait été posée sur la valeur des importations de produits, en introduisant une fonction explicite de demande d'importation : M= a.Y où a est la propension marginale à importer exprimée en valeur. Or, par définition : Y = Y (-1) + AY où Y (-1) est le PIB nominal de la période précédente. Dès lors, (8) peut être récrite, moyennant (9) : M = a . ( Y (-1) + AY) et, compte tenu de (5)' : M = a . Y (-1) + a ( AP. y (-1) + Ay .P (-1)) ce qui devient, après réorganisation des termes: M = a . AP. y (-1) + a ( Y (-1) + Ay . P (-1)) Introduisons maintenant (10) dans (2). On obtient : AVN = - a . AP . y (-1) + E + MK ­ a . ( Y (-1) + Ay . P (-1)) (11) L'équation (11) donne une seconde relation entre AVN et AP. Elle est représentée au graphique 2 par la droite Bp dont la pente est moins a . y (-1) et l'intersection à l'origine E + MK ­ a . ( Y (-1) + Ay . P (-1)). Bp est le lieu géométrique des combinaisons de AVN et de AP qui satisfont l'équilibre de la balance des paiements. Tout point au-dessus de Bp, disons H, correspond à une situation où AVN est supérieur à la somme (10) (9) (8)

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des exportations de produits (E) et de l'importation nette de capitaux (MK), diminuée des importations de produits (M). Tout point au-dessous de Bp, disons J, correspond à la situation inverse.

Graphique 2 : L'équilibre de la balance des paiements ­ équation (11) AVN E + MK - a . (y (-1) + Ay . P (-1))

. .

H

J

- a y (-1) B

0

AP

Mm et Bp

Considérons maintenant le graphique 3. Dans ce graphique, nous avons superposé Mm du graphique 1 et Bp du graphique 2.

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Graphique 3 : Les droites Mm et BP avec un instrument (ACBI) AVN Mm''

.. .

Z'' Z Z'

X

.

Mm Mm'

BP

AP

Dans la situation initiale, nous avons dorénavant une combinaison unique de AVN et de AP, soit le point Z, l'équilibre du marché monétaire et celui de la balance des paiements y étant simultanément satisfaits. L'indétermination, évoquée plus haut, semble donc résolue. En réalité, elle n'est que partiellement résolue. Ceci est dû au fait que l'équation (11) ne contient aucune variable qui puisse être considérée comme étant un instrument de politique macroéconomique. La droite Bp ne peut pas, en conséquence, être déplacée. En d'autres termes, pour réaliser AVN et AP, le système reste toujours dépendant d'un seul instrument, à savoir ACBI. Ceci nous permet, par exemple, d'atteindre Z' en augmentant ACBI ou Z'' en diminuant ACBI, les points Z' et Z'' étant, tous deux, comme Z, sur Bp. Par contre, la combinaison de AVN et AP, donnée disons par le point X qui est extérieur à Bp, reste indéterminée car ne satisfaisant pas l'équilibre de la balance des paiements moyennant la seule variation de ACBI. Pour atteindre X, nous devrions être à même d'introduire un deuxième instrument de politique macroéconomique qui serait susceptible de déplacer Bp. L'instrument retenu à cet effet par le FMI est le taux de change extérieur nominal. Voyons cela.

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L'introduction du taux de change extérieur nominal

L'introduction dans le système du taux de change extérieur nominal (symbole e) exige, au préalable, deux choses : il faut dorénavant faire, pour certains flux, la distinction entre l'agrégat exprimé en monnaie nationale (le peso) et l'agrégat exprimé en devises (le $), le taux de change nominal étant la quantité de pesos par $; une distinction doit être faite entre l'accroissement de l'indice général des prix (AP) et celui de l'indice de prix des seuls produits locaux, ou prix intérieurs (symbole APd). La première distinction demande que l'accroissement de l'offre de monnaie nominale soit dorénavant défini comme : AMO = AVN + Ae . VN* (-1) + ACBI (12)

où Ae : accroissement du taux de change ( si Ae > 0, il y a dévaluation nominale; si Ae < 0, il y a réévaluation nominale); VN * (-1) : stock des avoirs officiels extérieurs nets au 31 décembre de l'année précédente, ou stock initial, exprimé en $

Vérification de l'équation (12). Supposons que le taux de change de l'année précédente (e (-1)) est égal à 1 peso par $ et celui de l'année courante (e) à 3 pesos par $, ce qui signifie Ae = 2. AVN a été égal à 2 milliards de $, soit 6 milliards de pesos au taux de l'année courante ( = 2 . 3). VN * (-1) a lui été égal à 1,5 milliard de $. Sa valeur comptable en pesos s'est ainsi accrue, suite à la dévaluation de 2 pesos (Ae), de 3 milliards ( = 2 . 1,5 ) ou Ae . VN* (-1). Pour ACBI supposé être égal à 5 milliards de pesos, AMO est conséquemment égal, sur la base de (12), à 14 milliards de pesos ( = 6 + 3 + 5).

Il nous faut aussi définir MK comme : MK = MK* (1 + Ae) (13) où MK* est l'importation nette de capitaux en $.

Vérification de l'équation (13). Comme précédemment, e (-1) = 1 et e = 3, ce qui signifie Ae = 2. MK * est supposé égal à 1,8 milliards de $. MK sera donc égal à 5,4 milliards de pesos, soit 1,8 . 3 ou 1,8 . (1 + 2).

La deuxième distinction, c'est-à-dire celle entre AP et APd, est introduite à l'aide de l'équation : AP = (1 ­ n ) APd + n . Ae (14)

où n est la part relative des produits importés dans l'indice général des prix (P).

Note : il est supposé par souci de simplification que, dans l'écriture de (14), P (-1) = Pd (-1) = e (-1) = P* (-1) = 1 et que AP* = 0 où P* est le prix en dollars des biens étrangers et AP* son accroissement.

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Sur la base de (14), (4)'' est réécrite, avec P (-1) = 1 : AMOd = k . (( 1 ­n ) . APd + n . Ae ) y (-1) + k . Ay (15) D'où, compte tenu de (6), (12) et (15), (7) devient : AVN = k . y (-1) . ( 1 ­ n) . APd + ( k . y (-1) . n ­ VN* (-1)) . Ae + k . Ay ­ ACBI (16) La nouvelle droite Mm, c'est-à-dire celle correspondant à (16), apparaît au graphique 4 dont l'abscisse n'est plus AP mais APd. Son intersection à l'origine est maintenant (k . y (-1) . n ­ VN* (-1)) . Ae + k . Ay ­ ACBI. En d'autres termes, Mm est dorénavant susceptible de se déplacer vers le haut s'il y a dévaluation nominale du peso (Ae > 0) et vers le bas s'il y a réévaluation nominale (Ae < 0), pour ACBI constant. Ce déplacement n'a toutefois aucune connotation de politique économique étant essentiellement le résultat d'un ajustement comptable des avoirs officiels extérieurs nets suite à la variation de e. Seul ACBI reste l'instrument de politique économique à l'origine des déplacements de Mm.

Graphique 4 : Les droites Mm et Bp avec 2 instruments (ACBI et Ae) ­ équations (16) et (23) AVN

(E(-1)-M(-1) +MK* +(b+c)).Ae -g.Ay -(b+c) Z''

Mm''

X

.

k.y(-1).(1-n)

BP' (k.y(-1).n -VN*(-1))Ae +kAy-ACBI BP

0

APd

9

L'introduction de Ae nous oblige également à l'introduire, de manière explicite, comme déterminant des exportations et des importations de produits. Les exportations en valeur de l'année courante son égales, par définition, à celles de l'année précédente, E (-1), augmentées de leur accroissement AE : E = E (-1) + AE (17) AE est lui-même égal à : AE = E (-1) . Ae + b . Ae ­ b . APd (18) Le terme E (-1) . Ae est le résultat de la réévaluation comptable de E (-1) suite à une dévaluation nominale du peso (Ae > 0), ou de sa réévaluation (Ae < 0). Le coefficient b ( > 0) est un paramètre de réaction qui établit que le volume des exportations augmente (diminue) avec une dévaluation (réévaluation) nominale du peso et qu'il diminue (augmente) avec une augmentation (diminution) des prix intérieurs.

Note : comme dans l'écriture de (14), il est supposé ici que les prix des biens étrangers en $ ne varient pas (AP* = 0).

Nous obtenons la fonction d'exportation en introduisant (18) dans (17), soit : E = E (-1) + (E (-1) + b) . Ae ­ b . APd (19) La fonction d'importation, donnée ci-dessus par l'équation (10), doit quant à elle être modifiée. Les importations en valeur de l'année courante sont égales, par définition, à celles de l'année précédente, M (-1), augmentées de leur accroissement AM : M = M (-1) + AM AM est lui-même dorénavant égal à : AM = M (-1) . Ae ­ c . Ae + c . APd + g . Ay (21) (20)

Le terme M (-1) . Ae est le résultat, comme le terme E (-1) . Ae de l'équation (18), d'une réévalution comptable des importations suite à une variation du taux de change. Le coefficient c ( > 0) est un paramètre de réaction qui établit que le volume des importations diminue (augmente) suite à une dévaluation (réévaluation) nominale du peso et qu'il augmente (diminue) avec une augmentation (diminution) des prix intérieurs. Le coefficient g ( > 0) est un second paramètre de réaction qui établit que le volume des importations augmente (diminue) avec l'accroissement (diminution) du PIB réel.

Note : ici aussi, il est supposé que AP* = 0.

Nous obtenons la nouvelle fonction d'importation en introduisant (21) dans (20) : M = M (-1) + (M (-1) ­ c) . Ae + c . APd + g . Ay (22)

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En conséquence, nous pouvons réécrire l'équation (11) d'équilibre de la balance des paiements extérieurs compte tenu de (13), (19) et (22) et en y remplaçant AP par APd ainsi que P (-1) par Pd (-1) = 1, ce qui donne :

AVN = - (b + c) . APd + ( E(-1) ­ M (-1) + MK*) + ( E (-1) ­ M (-1) + MK* + (b + c)) . Ae ­ g . Ay (23) (23) correspond à la droite Bp du graphique 4. La nouveauté est que l'intersection à l'origine contient dorénavant le nouvel instrument de politique économique (Ae). S'il y a dévaluation nominale du peso (Ae > 0), BP se déplace ainsi vers le haut, l'économie ayant accru sa compétitivité externe. S'il y a réévaluation nominale du peso (Ae < 0), BP se déplace vers le bas, la compétitivité externe ayant diminué. La combinaison de l'accroissement des avoirs officiels extérieurs nets et de l'augmentation des prix, ici APd, et qui correspondait dans le graphique 3 au point X pour lequel l'équilibre de la balance des paiements extérieurs n'était pas vérifié, peut maintenant être retenue, grâce à une dévaluation suffisante du peso, celle-ci permettant, dans le graphique 4, de déplacer Bp vers le haut, soit de Bp à Bp'. En clair, X satisfait dorénavant simultanément l'équilibre de la balance des paiements et l'équilibre monétaire.

Note : par souci de simplification, nous avons maintenu, dans le graphique 4, Mm'' inchangée, ignorant ainsi la réévaluation comptable en pesos du stock initial des avoirs officiels extérieurs nets, due à la dévaluation du peso.

Retour à la case de départ

Dans l'introduction, nous avions établi, à l'aide de l'équation (1), que la politique de stabilisation macroéconomique vise à diminuer le déficit en ressources de la nation, défini indifféremment comme M ­ E ou C + G + I ­ Y. S'il y a dévaluation du peso, nous savons que, moyennant (19) et (22), les exportations de produits sont appelées à augmenter et les importations correspondantes à diminuer. M ­ E est conséquemment diminué. Ceci n'est toutefois possible, pour Y donné, que si rien n'empêche C + G + I aussi de diminuer. Or, il se pourrait que la demande finale intérieure puisse être maintenue de manière telle que C + G + I ­ Y > M ­ E. Comment? Tout simplement, en accroissant le crédit bancaire intérieur octroyé à la demande finale intérieure. Il faut donc, pour que la dévaluation soit couronnée de succès, imposer une limite, aussi dite plafond, à ACBI, de manière à ce que nous retrouvions, après la dévaluation nominale du peso, M- E = C + G + I ­ Y. En bref, les deux instruments, que sont le taux de change et le crédit bancaire intérieur, doivent être utilisés de manière conjointe, comme il ressort clairement du modèle présenté ci-dessus. Pour le FMI toutefois, l'agent économique qui est en général retenu comme devant supporter le poids d'un accès moindre au crédit bancaire intérieur est l'État, en particulier à l'occasion de ses dépenses de consommation. Il est en effet possible d'écrire : MK = MKG + MKP (24)

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où MKG MKP

: importation nette de capitaux de l'État; : importation nette de capitaux du secteur non étatique ou secteur privé. ACBI = ACBIG + ACBIP (25)

où ACBIG : accroissement du crédit bancaire intérieur à l'État; ACBIP : accroissement du crédit bancaire intérieur au secteur privé. G + IG ­ T = ACBIG + MKG où G IG T (26)

: consommation publique; : formation brute de capital de l'État (infrastructures publiques, véhicules et bâtiments administratifs, etc.); : recettes fiscales nettes des transferts courants de l'État (bourses d'études, subventions courantes, allocations de chômage, aides alimentaires, intérêts sur la dette publique, etc.).

(26) donne la contrainte financière de l'État, G + IG ­ T étant son déficit global. Il est clair, selon (26), que pour des niveaux donnés de IG, T et MKG, G ne sera susceptible de s'accroître que si ACBIG augmente de manière commensurable. Pour éviter une augmentation de G, il faudra donc imposer un deuxième plafond, en l'occurrence à ACBIG. En d'autres termes, un double plafond sera imposé à l'augmentation du crédit bancaire intérieur. Le premier, de nature macroéconomique, imposé à ACBI. Le second, de nature sectorielle, imposé à ACBIG, ce second plafond étant calculé comme la différence entre la valeur plafond retenue pour ACBI et la valeur estimée pour ACBIP sur la base des besoins de financement du secteur privé.

Les principales critiques du modèle

Le modèle présenté ci-dessus a été soumis à de nombreuses critiques soit dans son application stricte, soit comme cadre de référence implicite de l'élaboration des politiques macroéconomiques de stabilisation. Nous en donnerons ci-après, sans commentaires particuliers, les principales nous basant essentiellement sur les recensions qui en furent faites par Mills et Nallari (1992 : 82-92) et Lynn (2002 : 309-324). Le lecteur, désireux de connaître les sources exactes de ces critiques, pourra consulter ces auteurs. William Easterly a procédé, de son côté, à une évaluation économétrique des principales relations du modèle et des hypothèses théoriques sous-jacentes, que nous laissons également à la disposition du lecteur (Easterly, 2002). Finalement, nous ne nous adresserons pas aux critiques de « la manière de faire » du FMI dans les pays faisant appel à son aide financière. Le lecteur trouvera, à cet égard, matière à réflexion, dans, entre autres, Bhagwati (2000) et Stiglitz (2002). Le modèle s'adresse à un déficit en ressources de la nation qui est de nature classique et non pas de nature structurelle

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Dans le modèle, le déficit en ressources de la nation est en effet vu, dans une optique essentiellement classique, comme un excédent de la demande finale intérieure par rapport au PIB. Or, dans beaucoup de PED, le déficit est structurel dans la mesure où la production locale n'est pas nécessairement insuffisante et la demande finale intérieure n'est pas nécessairement excessive. Le problème est lié à un l'existence d'un ensemble de goulots d'étranglement qui empêchent l'acheminement des produits des producteurs aux consommateurs (absence d'infrastructures de transport, faiblesse du marché du crédit, information et marchés imparfaits, etc.), goulots qui devraient être supprimés préalablement à la mise en place de la politique macroéconomique suggérée par le modèle. La dévaluation suppose que les importations diminuent et que les exportations augmentent, ce qui suppose, à son tour, qu'il y ait un accroissement de la production locale de produits de substitution aux importations et de celle de produits à exporter. Or, dans le modèle, le taux de croissance réelle de l'économie (Ay) est implicitement contraint par les volumes de la population active et du capital ainsi que par le niveau du progrès technique. Dans le modèle, en effet, la dévaluation réduit la demande finale intérieure, et aussi la valeur réelle des actifs financiers, moyennant une hausse des prix intérieurs. Ceci est illustré au graphique 4 par le passage du point Z'' au point X. C'est ce qui est conventionnellement appelé une politique de réduction des dépenses (« expenditure-reducing policy »). Le modèle ne dit rien sur la manière dont seront accrues la production des produits de substitution aux importations et celle des produits à exporter dans une situation de plein-emploi des facteurs de production. Pour remédier à cette carence, le modèle devrait aussi inclure explicitement ce qui est appelé une politique de déplacement des dépenses (« expenditure-policy ») qui aboutirait à un transfert des facteurs de production, dont la dotation est limitée, du secteur de la production des produits non échangeables à celui de la production des produits échangeables (exportables et importables) (Agénor, 2000 : 145-146). Les coefficients b et c de réaction, respectivement des exportations et des importations, à la dévaluation nominale de la monnaie nationale et à la variation des prix intérieurs (équations (19) et (22)) ne sont pas nécessairement élevés pour les PED, ce qui, en d'autres termes, affaiblirait l'impact d'une dévaluation réelle (augmentation de e / Pd, pour PF* constant) sur l'amélioration du déficit commercial de la nation. Les coefficients de réaction b et c des équations (19) et (22) sont en effet analogues, sans être égaux, à des élasticés-prix, respectivement de la demande d'exportation et de la demande d'importation. Or, le théorème Marshall-Lerner de la théorie du commerce international nous dit que ces élasticités-prix doivent être suffisamment élevées, plus précisément que leur somme soit supérieure à un, pour que la dévaluation réelle de la monnaie nationale entraîne une amélioration du solde commercial. En outre, la condition de MarshallLerner n'est strictement vérifiée que si le solde initial est nul, ce qui n'est pas nécessairement le cas pour les PED. Le modèle suppose que la source interne principale de l'inflation est l'accroissement du crédit bancaire intérieur, comme l'établit l'équation (7) qui peut être réécrite AP = (AVN ­ k . Ay . P(-1) + ACBI) / k . y (-1). Or, dans certains pays, il peut exister d'autres sources internes de l'inflation. C'est le cas lorsque les salariés, les entrepreneurs, les propriétaires terriens et d'autres groupes sociaux ont un certain pouvoir de fixation des prix soit individuellement, soit collectivement. Ceci leur permettra, dans un conflit destiné à préserver leur niveau de vie réel, d'agir sur les prix nominaux (salaires, prix de vente, rente foncière, etc.), ce qui contribuera aussi à l'inflation intérieure. Le modèle n'inclut pas une telle possibilité.

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Bibliographie de la NR VIII

Agénor, P.-R. (2000) : The Economics of Adjustment and Growth, Academic Press, San Diego, CA. Bhagwati, J. (2000): The Wind of the Hundred Days ­ How Washington Mismanaged Globalization, The MIT Press, Cambridge, MA. Easterly, W. (2002): An Identity Crises? Testing IMF Financial Programming, Working Paper No 9, Center for Global Development, Washington, D.C., August. IMF (1987): Theoretical Aspects of the Design of Fund-Supported Adjustment Programs, Occasional Paper 55, Washington, D.C. Khan, M. S., P. Montiel and N. U. Haque (1990): " Adjustment with Growth ­ Relating the Analytical Approaches of the IMF and the World Bank", Journal of Development Economics, 32 : 155 ­ 179. Khan, M. S., P. Montiel and N. U. Haque, edited by (1991): Macroeconomic Models for Adjustment in Developing Countries, IMF, Washington, D.C. Lynn, S. R. (2002): Economic Development ­ Theory and Practice for a Divided World, Prentice Hall, Upper Saddle River, NJ. Mills, C. A. and R. Nallari (1992): Analytical Approaches to Stabilization and Adjustment Programs, EDI Seminar Paper No 44, The World Bank, Washington, D.C. Stiglitz, J. E. (2002): Globalization and Its Discontents, W. W. Norton & Company, New York, NY, and London.

Dernière version de la NR VIII : Montréal, août 2006 [email protected]

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